Courriers d'Athènes

Ce blog présente une sélection d'articles de la presse et de la blogosphère hellénophones traduits en français.

Mourir à Athènes, par Niko Ago

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Après l’assassinat d’un jeune Pakistanais jeudi 17 janvier à Athènes, le chroniqueur Niko Ago évoque l’explosion des violences racistes dans le pays et leur banalisation sociale.

Ecrire après un tel meurtre n’est pas la chose la plus simple du monde. Mais si on ne le fait pas maintenant, alors quand ? « Il nous a coupé la route en vélo, ça nous a énervés et on l’a poignardé dans la poitrine ». C’est ce que l’on apprend des aveux qu’ont fait au juge d’instruction les deux autochtones – comme le veut désormais l’usage pour distinguer « ceux d’ici » des « autres » – qui ont assassiné en pleine rue, à Petralona, Shehzad Luqman, un immigré de 26 ans originaire du Pakistan. Comme s’il s’agissait de quelque chose de tout à fait normal, qui se produit chaque jour ; « si on le fait, pourquoi pas nous ? » Deux « citoyens comme il faut et de bons gars » – l’un était même pompier – qui ont toujours un poignard sur eux, « au cas où », quand ils se promènent à mobylette.

Ce crime avait-il un motif raciste ? Le communiqué de la police ne laisse pas de place au doute. « On a retrouvé à leurs domiciles trois couteaux-papillon, un poignard, une lame noire à poignée spéciale, un pistolet à air comprimé, un poing américain, de nombreux plombs de fusil, deux balles de fusil d’assaut, deux matraques en bois et une fronde, tandis que chez le jeune de 25 ans (l’un des deux agresseurs) on a trouvé 50 tracts électoraux d’un parti politique. Les collègues en charge de ce reportage policier ont précisé qu’il s’agissait de tracts de Chryssi Avgi ; ou peut-être s’agissait-il de tracts antiracistes ? comme l’écrivait fort à propos quelqu’un sur Twitter.

Le nombre de victimes de la violence raciste augmente en Grèce. La rhétorique de la haine est tout simplement acceptée. Dans le même temps, l’Etat, par ses agissements et ses négligences, ne peut freiner cette spirale. Et comme il ne peut l’empêcher, il la précipite, involontairement. Les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme mais cela revient à « prêcher dans le désert ». La réputation du pays à l’étranger ne cesse de se dégrader, la vie des immigrés en Grèce se transforme en véritable enfer. Tant que Chryssi Avgi sera considérée comme un parti et non pour ce qu’elle est réellement, et tant que le gouvernement appâtera les petits bourgeois outrés pour préserver leurs voix, le pays continuera de chuter et les mauvaises nouvelles de ce type, malheureusement, se succéderont.

Article paru le 18 janvier sur le blog de Niko Ago et sur le portail Protagon, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Πεθαίνοντας στην Αθήνα

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Written by AR

22 janvier 2013 à 15:31

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