Courriers d'Athènes

Ce blog présente une sélection d'articles de la presse et de la blogosphère hellénophones traduits en français.

Communiqué de l’Initiative des travailleurs des médias

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Les mass-médias ont été dans leur majorité les piliers idéologiques de la politique des mémorandums. Au moyen de reportages mensongers et intentionnellement effrayants, ils présentent la politique du choc comme voie à sens unique et calomnient tous ceux qui résistent à la barbarie sociale. Ils fonctionnent comme les porte-parole du gouvernement et font des reportages sur la base d’une inspiration officieusement goebbelsienne. Ils forgent des stéréotypes sur les immigrés, les fonctionnaires, les travailleurs, les syndicalistes, les activistes et incitent à l’automatisme social.

Ces derniers jours, nous avons vécu l’apogée du terrorisme médiatique, comparable aux jours sombres du YENED(1). Ils ont rempli nos écrans de bouteilles de bière vides(2) et ont pris pour cibles les espaces autogérés de la vie sociale pour légaliser la stratégie de la tension de Dendias, ils ont masqué les mobiles et la nature du meurtre raciste perpétré contre le Pakistanais de 27 ans à Petralona, ils ont diffusé des montages vidéo pour traîner dans la boue des députés de gauche et des mouvements sociaux opposés à la commercialisation des espaces libres, ils ont calomnié la lutte des travailleurs dans les transports publics et ont  imposé les méthodes répressives de la réquisition forcée du personnel. Et ils continuent… Les employeurs de la presse, après avoir appliqué le mémorandum le plus dur à leurs employés, veulent protéger l’institution de la peur généralisée et de la paupérisation qu’ils ont créée en dressant des murs face à la société.

Assez. Nous, travailleurs de la presse, n’avons rien en commun avec les grands groupes et les grands journalistes amplement rémunérés et instrumentalisés. Nous ne faisons pas partie de leur coterie et de leurs affaires. Nous avons choisi notre camp. Aux côtés des habitants de Chalcidique et contre les orpailleurs, aux côté des immigrés et contre les esclavagistes, contre les clôtures(3), contre les patrons du travail au noir, contre l’Aube dorée, aux côtés des manifestants et contre la répression, aux côtés des travailleurs des transports en commun, et contre la troïka intérieure et extérieure, aux côtés des fonctionnaires et contre la liquidation du patrimoine public. Nous sommes aux côtés de la société et nous luttons, ensemble, contre le mémorandum, le racisme et la censure.

1- L’une des deux chaînes TV d’Etat autorisés pendant la junte

2- Ces bouteilles, trouvées après l’évacuation d’un squat, serviraient selon l’instruction à prouver « la fabrication d’engins explosifs ».

3 – Clôture métallique élevée sur un tronçon de la frontière gréco-turque.

Lien vers le communiqué original, publié le 27 janvier 2013 : Πρωτοβουλία Εργαζομένων στα ΜΜΕ

Texte traduit par AR

Instantanés d’une tragédie humaine qui se poursuit, par Efi Latsoudi

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Les corps de 21 migrants sont retrouvés sur une plage de l’île égéenne de Lesbos, le 15 décembre 2012, après le naufrage de leur embarcation. Un jeune Afghan de 16 ans, l’un des deux seuls survivants, indiquera que le bateau, parti des côtes de Turquie, comptait une trentaine de personnes à son bord, des Afghans pour la plupart, lorsqu’il a chaviré à cause du mauvais temps. Efi Latsoudi, résidente de Mytilène et bénévole de l’organisation de bienfaisance « To Chorio tou Oloi Mazi », qui a aidé les proches des victimes dans leurs démarches, revient sur les instants de ce drame, les obstacles rencontrés, et l’indifférence des autorités.

Un samedi matin de décembre, la plage de Thermi, a Mytilène se remplit de cadavres. « On est bouleversés, la même histoire depuis tant d’années ; autant de morts, c’est affreux – ce sont des êtres humains », nous dit un vieil homme rencontré dans le petit port. Les recherches des garde-côtes, après le naufrage de vendredi, n’ont commencé que le samedi, avec l’arrivée des premiers corps sur la côte. Il n’y a pas eu la moindre mobilisation le vendredi après-midi, ni de la part des autorités, ni de la part des médias. Un survivant avait pourtant été découvert dans un état critique, mais personne ne s’est inquiété de la présence de possibles naufragés dans les eaux glaciales.

Le jeune rescapé du naufrage a été retrouvé par la Frontex(1), à l’article de la mort, après être resté plusieurs heures dans la mer gelée. Il est resté sous surveillance à l’hôpital, il a identifié des corps et fait l’objet d’un interrogatoire. Huit jours plus tard, un citoyen charitable lui a acheté une carte téléphonique de cinq euros, pour qu’il puisse prévenir sa mère en Iran qu’il était encore en vie. Une sollicitude élémentaire pour la victime d’un naufrage, pour un individu dont les parents et les proches attendent, transis d’angoisse, d’avoir des nouvelles. Aucun rouage du mécanisme étatique qui a été appelé à intervenir ne s’en est soucié.

D’après les témoignages, il y avait dans l’embarcation huit à dix autres personnes qui n’ont pas été retrouvées. Parmi elles, des femmes et des enfants. Les jours ont passé, les corps n’ont pas été repêchés. Les retrouvera-t-on jamais ? Les requêtes de parents désespérés arrivent à Mytilène, des sollicitations que les services compétents et la bureaucratie ne peuvent satisfaire. Les proches qui habitent loin, en Afghanistan, réfugiés en Iran ou dans des pays voisins, devront attendre des mois, voire des années de souffrance et d’angoisse avant d’obtenir de vagues informations quant au sort des leurs. Si les recherches sont parfois freinées par des motifs économiques, la peine éprouvée après la perte d’un être cher est toujours sans limites.

On peut imaginer l’ampleur de la mobilisation si ces cadavres avaient été ceux de passagers d’un bateau de croisière, d’un ferry ou d’un navire commercial. On pourrait envisager, simplement, qu’une partie des fonds gigantesques alloués par l’Europe à la surveillance de ses frontières extérieures puisse être affectée à cette situation tragique, de manière à pouvoir honorer notre devoir au moins envers les défunts. Certains proches, résidant dans des pays européens, ont surmonté d’innombrable obstacles pour arriver à venir sur place, reconnaître leur mort, et engager un processus extrêmement coûteux pour le rapatrier et l’enterrer en Afghanistan. Pour les proches, des obsèques en accord avec l’Islam sont primordiales, et dans ce but aucun sacrifice n’est assez important. Tant qu’ils séjournaient dans la ville de Mytilène, des passeurs et quelques bureaux de pompes funèbres gravitaient autour d’eux, telle une volée de corbeaux, avec l’intention de prodiguer leurs services pour réaliser le profit maximum. En l’absence de sollicitude élémentaire de la part des autorités, il y aura toujours des individus prêts à « les aider » au prix fort.

Le fils d’un disparu, dans le deuil, tente d’arriver à Mytilène. Il a un permis de séjour, il est résident permanent en Allemagne. Au Pirée, les garde-côtes ne reconnaissent pas ses papiers, le retiennent, l’interrogent, et il rate son bateau. Il arrive en avion le jour suivant, désespéré, à Mytilène. Il cherche le corps de son père, en vain. Lorsqu’il a dû s’en aller, brisé, il a fallu que des citoyens l’accompagnent à l’aéroport pour qu’il puisse finalement partir. La police n’a tenu compte ni des documents légaux en sa possession, ni des circonstances tragiques de son déplacement, seulement de la nationalité afghane qu’il portait tel un stigmate, et qui le définissait

Huit corps sont reconnus et rapatriés. Les procédures bureaucratiques complexes, mais aussi les demandes d’identification qui ne cessent d’arriver, empêchent l’inhumation des autres victimes. Deux autres corps seront finalement identifiés, suite aux démarches dramatiques de leurs proches pour les récupérer. Presque 20 jours ont passé depuis le naufrage. Quelques journalistes repèrent une infamie ; ce qui les préoccupe n’est pas le désintérêt de l’Etat, mais les morts sans sépulture dont « l’odeur menace la ville »(2). Les membres des familles continuent, au prix de mille difficultés, à arriver à Mytilène pour affronter la tâche terrible de reconnaître leur proche. Père et mère reconnaissent leur enfant via des photographies et demandent à ce qu’il soit enterré sur place, car ils n’ont pas d’argent pour l’inhumer dans leur pays.

Les réfugiés les révulsent, les réfugiés les menacent. Sous la pression des publications, les obsèques ont finalement lieu, sur ordre du procureur. Nous insistons pour qu’elles se déroulent de jour, et non de nuit, comme l’aurait imposé le respect à la lettre de la consigne. Douze personnes ont été enterrées dans le cimetière de la ville de Mytilène. Ces inhumations ont été dictées par l’intérêt public, pour éviter un risque sanitaire pour la ville, pas par obligation humaine vis-à-vis de personnes venues mourir chez nous. Des badauds sont présents, observant l’horreur d’une inhumation collective ; les autorités sont finalement là, à la dernière minute. Le maire a aussi pris la parole, ému, rappelant que « ce sont des êtres humains ».

Les compatriotes des défunts, des Afghans habitant la ville de Mytilène, s’occupent des tombes. Ils égalisent les fossés précédemment creusés par un bulldozer, nivellent la terre avec les mains, et, avec douleur et respect, font la prière qui sied à leurs compatriotes défunts. Des plaques de marbres, sur lesquelles ont été tracés des numéros et des dates, sont posées sur la terre, avec les fleurs que nous avons apportées, embarrassés, ignorant leurs coutumes funéraires. « Chez nous, on ne met pas de fleurs », m’ont-ils dit, les acceptant néanmoins avec gratitude. En sortant du fleuriste du cimetière, la gérante accourt pour nous remettre un bouquet d’œillets blancs. « Mettez celui-là aussi, s’il vous plaît, on n’en peut plus de voir ces gens mourir comme-ça, c’est insupportable ! » Je n’ai pas pu lui répondre, ni regarder son visage peiné. »

Nos morts sont des êtres humains. Les migrants qui passent la frontière, traqués, sont des êtres humains, et il n’existe pas de catégorie où les classer, ils ne sont pas plus ou moins humains que d’autres. Les autorités leur réservent un traitement raciste, dans la vie comme dans la mort. Les médias leur ont collés l’étiquette inacceptable de l’immigration clandestine, et les relèguent dans une catégorie d’êtres inférieurs, celle de ceux qui peuvent mourir massivement à nos frontières, privés de sépultures et de deuil. S’ils survivent, ils seront placés en détention, dans des conditions lamentables, et traînés durablement en justice.

Si cette logique raciste de l’Etat vis-à-vis des migrants ne change pas radicalement dans notre société, le fascisme continuera à s’enraciner plus profondément encore, et sa pestilence s’étendra aux Grecs comme aux immigrés, car il ne fait pas de distinction.

PS : La découverte de trois nouveaux corps sur une plage du sud de l’île de Chios, il y a quelques jours [le samedi 13 janvier], augmente le nombre de ces morts tragiques et montre clairement que le drame se poursuit, chaque jour.

1 – Frontex : agence européenne participant à la surveillance des frontières extérieures de l’UE.

2 – Des médias ont rapporté qu’à l’hôpital, des gens se sont plaints de l’odeur venant de la morgue.

Article paru le 18 janvier 2013 sur le site Aplotaria.gr, traduit du grec par AR.

Lien vers l’article original et le diaporama de Stelios Kraounakis : Στιγμιότυπα μιας ανθρώπινης τραγωδίας που συνεχίζεται

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27 janvier 2013 at 13:03

Le FMI promet un sombre avenir aux Grecs, par Giorgos Delastik

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Si le rapport du FMI sur la Grèce publié vendredi 18 janvier prend acte des ravages de l’austérité sur la population et l’économie du pays, il appelle pourtant à poursuivre coûte que coûte le programme de coupes sociales et de privatisations, analyse Giorgos Delastik.

Sur le plan économique, les gouvernements Papadreou, Papadimou et Samaras ont taillé en pièces les travailleurs et les retraités, et ont « désossé » avec une sauvagerie fiscale inédite le peuple grec. C’est ce que reconnaît le FMI lui-même (!) dans son rapport sur l’économie grecque qui a été rendu public.

La comparaison effectuée par le FMI avec les autres pays de la zone euro sous tutelle de la Troïka est extrêmement révélatrice. Sur le programme global de coupes en Grèce, 80 pour cent proviennent des réductions faites dans les salaires et dans les retraites, et de la restriction ou de la suppression des dépenses sociales.  Dans les autres pays « troïkanisés », en revanche, le montant correspondant représente 60 pour cent de l’ensemble des coupes. En dépouillant les Grecs ces dernières années sur le plan fiscal, les impôts directs et les « rançonnements » successifs en sont venus à représenter 54 pour cent des recettes de l’Etat, tandis qu’ils constituent 46 pour cent chez les pays européens touchés par les mêmes maux.

Le tragicomique dans tout cela, c’est qu’une fois ces remarques formulées de façon critique, le FMI propose ensuite que la même politique soit poursuivie et que ces « rançonnements d’urgence » soient établis durablement, comme la mal nommée « contribution de solidarité », qui devait théoriquement cesser d’être perçue à partir de 2015, les taxes immobilières, etc. Cela ne suffit pas au FMI, il réclame également 25.000 « licenciements ciblés » dans la fonction publique rien que pour 2013. Désavouant indirectement le gouvernement, qui avait affirmé qu’il n’y aurait pas de coupes dans les salaires, les retraites et les allocations, le FMI demande que de nouvelles mesures soient définies pour engranger des recettes supplémentaires de quatre milliards d’euros pour la période 2015-2016.

Le FMI estime que notre pays ne liquide pas le patrimoine public aux rythmes souhaités et imposés par les créanciers étrangers. Ainsi, si le rythme des privatisations est toujours jugé insatisfaisant d’ici le mois de juin, il souligne la nécessité de limoger et d’éloigner les Grecs de la direction de l’organisme en charge de la vente des biens publics (TAIPED), et de les remplacer par des « experts étrangers » ! C’est-à-dire que des étrangers assument la responsabilité de vendre directement à d’autres étrangers des milliers de biens immobiliers appartenant à l’Etat grec ! De toute urgence ! Si l’UE et le FMI se montrent inflexibles sur la question des coupes dans les salaires et les retraites de millions de Grecs, ils se montrent en revanche étonnamment passifs devant les pertes de recettes liées soit aux fraudeurs fiscaux, soit aux privatisations. Au départ, ils disaient que la Grèce percevrait 50 milliards des privatisations jusqu’en 2015. Une estimation revue par la suite à 45 milliards, et ce jusqu’en 2020 plutôt que 2015. Aujourd’hui, le FMI estime que ce montant devrait chuter à  23,5 milliards, soit la moitié de l’objectif corrigé jusqu’en 2016.

Dans le même temps, l’objectif de recouvrement de 3,2 milliards d’euros en 2012 a totalement échoué – 100 millions seulement ont été perçus (trois pour cent de l’objectif !), comme le relève le rapport de la commission établie par le Parlement allemand, d’après le journal Westdeutsche Allgemeine Zeitung (WAZ) ». Dans tout ce capharnaüm, un formidable pillage du patrimoine public grec doit avoir lieu. Et cela, le FMI et l’UE le réclament et le promeuvent ardemment, ils n’essayent pas de l’éviter. Au contraire, leur mission, c’est que la Grèce ne se voit pas dotée d’un gouvernement anti-troïka. « Les élections ont généré un séisme politique, avec l’arrivée en deuxième position du parti de la gauche radicale, après une campagne électorale fortement opposée aux politiques du programme (de la troïka). Des partis extrémistes sont également devenus populaires.

C’est toutefois un gouvernement pro-mémorandum qui a été élu » relève le FMI dans son rapport. Loin d’être rassuré il prévient que « les sondages montrent un soutien accru au Syriza et aux autres partis anti-mémorandum. En plus d’engendrer des retards, cela provoquerait une crise politique, qui engendrerait une faillite et/ou la sortie du pays de l’euro. » Le FMI tente donc de présenter favorablement la coalition Samaras-Venizélos-Kouvélis, en jugeant qu’un gouvernement dominé par le Syriza reviendrait en gros à une sortie de la Grèce de la zone euro, avec le postulat d’une faillite du pays. Les nouvelles coupes dans les salaires et dans les retraites, par contre, ne semblent pas le déranger.

Article paru le 21 janvier dans le quotidien To Ethnos, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Μαύρο το μέλλον των Ελλήνων προβλέπει το ΔΝΤ

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24 janvier 2013 at 18:33

Mourir à Athènes, par Niko Ago

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Après l’assassinat d’un jeune Pakistanais jeudi 17 janvier à Athènes, le chroniqueur Niko Ago évoque l’explosion des violences racistes dans le pays et leur banalisation sociale.

Ecrire après un tel meurtre n’est pas la chose la plus simple du monde. Mais si on ne le fait pas maintenant, alors quand ? « Il nous a coupé la route en vélo, ça nous a énervés et on l’a poignardé dans la poitrine ». C’est ce que l’on apprend des aveux qu’ont fait au juge d’instruction les deux autochtones – comme le veut désormais l’usage pour distinguer « ceux d’ici » des « autres » – qui ont assassiné en pleine rue, à Petralona, Shehzad Luqman, un immigré de 26 ans originaire du Pakistan. Comme s’il s’agissait de quelque chose de tout à fait normal, qui se produit chaque jour ; « si on le fait, pourquoi pas nous ? » Deux « citoyens comme il faut et de bons gars » – l’un était même pompier – qui ont toujours un poignard sur eux, « au cas où », quand ils se promènent à mobylette.

Ce crime avait-il un motif raciste ? Le communiqué de la police ne laisse pas de place au doute. « On a retrouvé à leurs domiciles trois couteaux-papillon, un poignard, une lame noire à poignée spéciale, un pistolet à air comprimé, un poing américain, de nombreux plombs de fusil, deux balles de fusil d’assaut, deux matraques en bois et une fronde, tandis que chez le jeune de 25 ans (l’un des deux agresseurs) on a trouvé 50 tracts électoraux d’un parti politique. Les collègues en charge de ce reportage policier ont précisé qu’il s’agissait de tracts de Chryssi Avgi ; ou peut-être s’agissait-il de tracts antiracistes ? comme l’écrivait fort à propos quelqu’un sur Twitter.

Le nombre de victimes de la violence raciste augmente en Grèce. La rhétorique de la haine est tout simplement acceptée. Dans le même temps, l’Etat, par ses agissements et ses négligences, ne peut freiner cette spirale. Et comme il ne peut l’empêcher, il la précipite, involontairement. Les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme mais cela revient à « prêcher dans le désert ». La réputation du pays à l’étranger ne cesse de se dégrader, la vie des immigrés en Grèce se transforme en véritable enfer. Tant que Chryssi Avgi sera considérée comme un parti et non pour ce qu’elle est réellement, et tant que le gouvernement appâtera les petits bourgeois outrés pour préserver leurs voix, le pays continuera de chuter et les mauvaises nouvelles de ce type, malheureusement, se succéderont.

Article paru le 18 janvier sur le blog de Niko Ago et sur le portail Protagon, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Πεθαίνοντας στην Αθήνα

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22 janvier 2013 at 15:31

Qui était Shehzad Luqman, par Georgia Dama

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Après l’assassinat du jeune Pakistanais Shehzad Luqman, jeudi 17 janvier à Athènes, par deux individus manifestement liés au parti néonazi Chryssi Avgi,  Georgia Dama dresse le portrait de la victime et évoque les réactions dans le quartier de Petralona, où s’est produit le meurtre.

Photo d'identité de Shehzad LuqmanShehzad Luqman est né en 1986. Il vivait en Grèce depuis six ans. Il a été poignardé alors qu’il arrivait sur son lieu de travail – il travaillait sur les marchés. Il partait à 2h30 du matin du quartier de Peristeri, où il résidait, pour arriver une plus tard chez son employeur, à Petralona, pour charger des caisses oranges. 

« Aujourd’hui il n’est pas venu », a signalé son employeur à ses proches, trois Pakistanais avec lesquels il partageait une chambre rue Lachana, à Peristeri. Son colocataire de 25 ans, Omar, indique que Shehzad vivait légalement en Grèce : « Il avait obtenu une carte rose (permis de travail) et un permis de séjour provisoire. Il travaillait sur les marchés depuis le mois dernier. Avant il était gardien de chantier à Aspropirgo [banlieue industrielle d’Athènes]. Le chantier a fermé. »

Il faisait vivre huit frères et sœurs

« Il menait une vie difficile. Il avait huit frères et sœurs. Il gagnait 20 euros par jour et les envoyait au Pakistan pour que ses sœurs puissent se marier. Il disait souvent qu’il n’arriverait jamais lui-même à fonder une famille et à vivre dignement. »

Près de 800 attaques racistes contre des Pakistanais ont été enregistrées ces deux dernières années, déplore Javed Aslam, représentant de la communauté pakistanaise. Il rappelle le dernier incident, survenu dans le quartier de Maroussi il y a deux mois, soulignant que « deux Pakistanais ont été entre la vie et la mort pendant plusieurs jours », et précise que Shehzad est le cinquième Pakistanais assassiné.

Opposition Syriza – ministère de la police

Après la mort du jeune Pakistanais, le Syriza évoque dans un communiqué un assassinat raciste et sauvage, perpétré par des meurtriers d’extrême-droite. « L’éventuelle tentative d’étouffement du caractère de ce crime abominable, avec des arguments préfabriqués destinés à privilégier ‘une altercation’,  ne ferait que charger politiquement mais aussi pénalement ceux qui l’entreprennent ».

Par la suite, le ministère de la Police, par communiqué interposé, a critiqué le Syriza, y voyant une récupération politicienne allant jusqu’à « l’exploitation de la perte d’une vie humaine. Il feint d’ignorer que la police grecque a interpellé les auteurs de ce crime odieux après une forte mobilisation ». Le communiqué précise également que « l’obligation constitutionnelle impose la légalité partout ».

Bouleversés, les habitants d’Ano-Petralona, qui se sont rassemblés hier en fin d’après-midi, ont clairement fait état d’un crime raciste et sauvage, exprimant étonnement et colère : « Le quartier d’Ano Petralona, qui se trouve proche de la colline Filopappou, soutient traditionnellement les partis de gauche.

« Les résidents participent aux mobilisations sociales. Il n’y a pas de cas de violences racistes  dans le quartier », estime Maria Kontoyiorgou, habitante de la 3e circonscription.

Colère à Petralona

Plus de 500 riverains, membres d’organisations antiracistes et politiques, ont participé au rassemblement qui a eu lieu à 18h place Merkouri. « Notre participation au rassemblement est nécessaire car nous ne faisons pas confiance aux autorités », ont-ils souligné. Ils appellent à la condamnation des malfaiteurs « pour que cessent les crimes racistes ».

Dans la manifestation qui a suivi, ils se sont arrêtés à l’endroit du crime et ont distribué aux passants et aux magasins des tracts d’information sur le racisme.

« La manifeste tentative d’étouffement de l’affaire ne réussira pas. Il faut infliger une punition exemplaire aux auteurs de cet horrible crime raciste », déclarent les membres de la section locale du mouvement « Eliminons le racisme ».

Article paru dans le quotidien Eleftheotypia, le 18 janvier 2013, traduit par AR

Lien vers l’article original : Ποιος ήταν ο Σαχτζάτ Λουκμάν

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21 janvier 2013 at 18:37

Un tribunal reconnaît l’horreur des conditions de détention, par Kostis Papaïoannou

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Un détenu dans un centre de détention de l'Evros, à la frontière gréco-turque, en octobre 2011 (Photo C.Wilkens)Une affaire de routine, c’est ce à quoi ressemblait pour le tribunal correctionnel d’Igoumenitsa le cas d’évasion de 17 détenus des geôles de la direction centrale de la police du nome de Thesprotie. Lorsque les gardes étaient entrés dans les cellules pour collecter les déchets des détenus, ceux-ci les avaient repoussés violemment et s’étaient enfuis. Une affaire évidente, donc, avec une condamnation quasi écrite d’avance. Le tribunal cependant, et c’est là que s’insinue la surprise, a fait plus qu’éclaircir la seule tentative d’évasion. Il ne s’est pas limité mécaniquement à l’examen des éléments superficiels de l’incident. Il a porté un regard approfondi sur le lieu d’où les détenus se sont échappés. Ce qui l’a amené à faire une série de simples constatations.

Il a reconnu, premièrement, que les conditions de détention vécues par les accusés étaient lamentables et extrêmement dangereuses, la cellule n’étant jamais lavée, jamais désinfectée, et dépourvue des règles les plus élémentaires d’hygiène et de propreté. Le tribunal a reconnu, deuxièmement, qu’en raison des conditions évoquées, les détenus étaient la proie des poux et des puces, et souffraient de psoriasis, du typhus, de pathologies cutanées et d’autres infections, contagieuses ou non. Il a reconnu également que plus de 30 détenus s’entassaient dans 15 mètres carré, ceux-ci étant donc dans l’impossibilité de s’allonger (par terre, bien entendu, pas question de lits) pour dormir. Il a reconnu, enfin, que les détenus étaient confinés dans leur cellule 24 heures sur 24, sans possibilité de promenade.

Ces éléments établis, le tribunal a fait ce qui s’imposait : il a constaté la violation des dispositions de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), selon lequel « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. »  Et alors ? Tout cela est connu, dira-t-on. Chaque tribunal qui examine des cas semblables, relatifs aux immigrés, le sait. Chaque tribunal sait – ou se doit de savoir – qu’il s’agit d’individus qui n’ont pas été arrêtés pour un délit grave, mais pour être entrés clandestinement dans le pays. Chaque tribunal sait – ou se doit de savoir – que leur détention est provisoire et intervient dans des conditions également contraires à la CEDH. Il sait – ou se doit de savoir – la chaîne de l’absurdité. La différence, c’est que le tribunal en question a entrepris d’intercaler dans cette chaîne un maillon de logique élémentaire. Qu’a-t-il fait ? Sur la base des constats effectués, il a estimé que les détenus s’étaient enfuis pour échapper à un danger sérieux et inévitable par d’autres moyens, qui menaçait leur santé contre leur gré, et plus spécialement pour éviter d’être contaminés par des maladies. Pour cette raison, il les a relaxés.

Il s’agit d’une décision bouleversante par sa simplicité, et particulièrement importante dans sa volonté de restaurer le bon sens. La justice grecque ne peut ignorer éternellement que des centaines de personnes sont détenues dans des lieux qui ne sont pas conçus pour une détention longue. Que ce soit dans les cellules des commissariats de police ou dans les centres de rétention d’immigrés (notamment dans la région de l’Evros), les conditions abominables qui y règnent déshumanisent les détenus. Le tribunal a décidé à juste titre de ne pas fermer les yeux devant cette misère, connue de tous, mais jamais reconnue officiellement. Ce n’est pas non plus une révélation : ceux qui suivent assidument les questions liées à la détention ont à plusieurs reprises vu de leurs yeux tout ce qu’a reconnu le tribunal.

Peut-être que certains exultent de rage devant cette décision. Je les imagine déjà : comment peut-on récompenser les « clandestins », des fugitifs de surcroît, en les innocentant ? Ils peuvent bien sûr critiquer la décision à loisir. Il y a une seule chose qu’ils ne peuvent pas dire : qu’il est préférable de maintenir l’hypocrisie. Qu’il est préférable de sortir de toutes les instances internationales plutôt que de reconnaître la vérité. Et qu’ils ne s’empressent pas de dire que la décision de relaxer les détenus constitue une incitation à la violation de la loi. C’est précisément l’inverse. Cette décision constitue une forte condamnation des conditions de détention. C’est donc une incitation au respect de la loi, et ce à l’adresse de celui qui doit être le premier à le faire : l’Etat, et ses institutions compétentes.

Kostis Papaïoannou est président du Conseil national grec pour les droits de l’homme

Article paru dans le quotidien Ta Nea, le 18 janvier 2013, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Δικαστική ειλικρίνεια

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19 janvier 2013 at 20:44

Mobilisation contre la violence de l’Etat, par Iassonas Panagiotopoulou

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Le squat historique d’Athènes Villa Amalia a été évacué fin décembre 2012 par la police et clos. Après l’interpellation d’une centaine de militants lors de la tentative de réoccupation du squat le 9 janvier, retour sur la grande manifestation du samedi 12 janvier, dans le centre  d’Athènes,  en soutien aux personnes arrêtées.

46086_196461227161763_1196949153_nPlus de 8.000 personnes du milieu anarchiste et libertaire ont manifesté samedi dans le centre d’Athènes, donnant une puissante réplique à la récente vague de répression des squats et des espaces autogérés, ainsi qu’au terrorisme d’Etat, après à l’arrestation de 100 personnes lors des opérations policières contre la tentative de réoccupation de la Villa Amalia et l’évacuation du squat Scaramanga.

Il s’agit numériquement de l’une des plus grandes manifestations anarchistes des annales, animée et riche en slogans, en dépit de la présence étouffante de la police anti-émeute (MAT) sur les flancs du défilé.

« Liberté pour les squats et les militants, détruisons le totalitarisme actuel », indiquait la première banderole en tête de la manifestation, laquelle a commencé en début d’après-midi rue Panepistimiou pour arriver en fin d’après-midi devant les tribunaux de la rue Evelpidon, où les 92 personnes interpellées lors de la réoccupation de la Villa Amalia devaient être présentées au juge d’instruction. Un peu de tension est apparue au début de la rue Patission, lorsque la police anti-émeute a tenté de former un « cordon » sur les côté du cortège, avant d’être repoussée par l’encadrement de la manifestation.

Des dizaines de personnes se sont rassemblées par solidarité jusque tard dans la soirée à l’intérieur des tribunaux, d’où sont finalement ressortis libres les 92 interpellés de la Villa Amalia, avec obligation de se présenter une fois par mois devant la police et interdiction de sortie du territoire. Au même moment, dans une volée de communiqués – du genre de ceux que reprend tels quels le journalisme orienté des journaux dominicaux – le gouvernement ciblait les squats et les espaces autogérés. Ces communiqués marquaient l’adoption totale de la rhétorique gouvernementale de la « tolérance zéro » et des « espaces d’illégalité », présentant en même temps les photos des prochaines évacuations, le squat VOX à Exarcheia en premier plan.

Article paru dans le quotidien Efimerida ton Syndakton, le 14 janvier 2013, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Βίλα στη βία της εξουσίας

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18 janvier 2013 at 18:47

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