Courriers d'Athènes

Ce blog présente une sélection d'articles de la presse et de la blogosphère hellénophones traduits en français.

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La police municipale d’Athènes noyautée par Chryssi Avgi

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Babakar Ndiaye, vendeur ambulant sénégalais, est mort le vendredi 1er février près de la station de métro Thisseio, à Athènes, après avoir chuté de plusieurs mètres sur la voie ferrée. D’après les témoignages des personnes sur place, il était poursuivi par des agents de la police municipale. A ce jour, la municipalité dément jusqu’à la présence de ses agents sur les lieux du drame. Aujourd’hui , le syndicat des collectivités locales de l’Attique évoque l’infiltration de la police municipale par des néonazis. Le journal Efimerida ton Syndakton a essayé d’en apprendre davantage.

Des syndicalistes des collectivités locales et des conseillers municipaux d’Athènes dénoncent l’existence d’une cellule organisée de Chryssi Avgi au sein de la Police municipale, avec le nom de code « groupe K ». Une semaine après la mort du vendeur de rue Babakar Ndiaye suite à une course-poursuite dans le quartier de Thisseio, le syndicat des collectivités locales de l’Attique a délivré une annonce féroce, dans laquelle il évoque pour la première fois le nom de la cellule, et mentionne également que lors de l’assemblée de la fédération des policiers municipaux, le 5 février dernier, 15 membres du « groupe K » ont agressé un de leurs collègues qui s’était opposé à eux : « C’est un groupe qui agit avec le soutien de la municipalité d’Athènes, qui jouit de privilèges particuliers, et se spécialise dans des opérations communes avec la Police grecque (El.As.) et contre le commerce clandestin. »

Timide réaction

Pourtant, jusqu’à hier, l’unique réaction à cette dénonciation a été celle de la fédération des policiers municipaux, qui qualifie « d’assertions risibles et fausses » les accusations relatives à ce qui se serait produit lors de son assemblée générale, et qui s’abstient même de commenter l’existence du fameux ‘groupe K’. Pour le reste, personne – ni la municipalité, ni la magistrature – n’a décidé d’enquêter sur cette grave accusation. A partir de là, nous avons commencé hier notre investigation.

Nous nous sommes d’abord adressés au président du syndicat des collectivités locales, Charalambos Vortelinos : « L’incident s’est déroulé exactement comme nous l’avons décrit : notre collègue s’est fait attaquer par des membres organisés de Chryssi Avgi qui ont formé la cellule ‘groupe K’. Aujourd’hui, comme vous pouvez l’imaginer, ce collègue a peur. Chryssi Avgi dispose au sein de la Police municipale d’un groupe puissant, qui peut s’élever à 150 personnes. Ils collaborent avec la Police grecque dans le cadre de patrouilles à pied ou à moto. »

« Nous avons aussi été informés de l’existence d’un tel groupe », déclare Eléni Portaliou, représentante de ‘Ville ouverte’ [un mouvement populaire actif à Athènes]. « D’après les informations dont nous disposons, la Police grecque s’est installée dans un bâtiment de la Police municipale et collabore avec elle. Nous avons également des éléments attestant de comportements violents et de maltraitance envers les vendeurs de rue. »

Un groupe accepté

Les informations fournies hier au journal Efimerida ton Syndakton (Efsyn) par un membre du parti de gauche ANTARSYA sont précises et troublantes : le conseiller municipal Petros Konstantinou nous a envoyé par écrit le profil complet du groupe qui, selon son enquête, fonctionne dans des conditions para-étatiques : « Le groupe a agi pendant longtemps sans que personne n’en ait la responsabilité, comme le veut le fonctionnement institutionnel de la hiérarchie de la Police municipale. Il est clair qu’il a été accepté par l’ancien adjoint compétent et le nouveau.

Dans le ‘groupe K’ se sont associés très majoritairement des volontaires néonazis de Chryssi Avgi et autres fascistes. Il s’agit d’un groupe de Policiers municipaux de la première Division municipale. Il a été fondé juste après le lancement de la campagne du parti d’extrême droite LAOS et de commerçants sous le slogan « STOP au commerce clandestin », campagne qui s’est transformée en pogrom raciste dans [l’avenue commerçante] Ermou, quand des individus armés de bâtons ont attaqué les immigrés. Avec la décision du maire Giorgos Kaminis de procéder à des opérations communes avec la Police grecque (El.As.) « contre le commerce clandestin », s’est formé en interne le ‘groupe K’, avec la participation d’environ 30 individus, qui n’avaient même pas de supérieur hiérarchique au départ. Récemment, ils se sont vu doter d’un superviseur. »

D’après l’enquête de Petros Konstantinou, le ‘groupe K’ s’est formé à partir de volontaires, la majorité des Policiers municipaux ayant refusé de participer aux ‘rafles’.  Il précise aussi que le groupe a été impliqué à plusieurs reprises dans des incidents avec des vendeurs de rue à Thisseio et devant la faculté d’économie ASOEE, et il n’est pas exclu qu’il soit impliqué dans l’affaire Ndiaye : « Si l’on considère la zone d’action de la première division de la Police municipale, qui correspond au centre-ville, et ses connections avec le ‘groupe K’, il est difficile d’exclure cette éventualité. Le passager de la moto de l’agent municipal qui, d’après les témoignages, a poursuivi Babakar Ndiaye, a forcé un autre immigré à acheminer ses propres marchandises pour que celles-ci lui soient confisquées, en le tenant par le col et en le tirant vers le fourgon de la Police municipale.  Un tel recours aux motos dans l’opération de Thisseio ressemble plus aux raids de l’Unité de police motorisée DIAS qu’à des agents chargés de confisquer des marchandises. Qui les a formés pour mener de tels raids ?

Démentis

« Si le service de répression du commerce clandestin est effectivement basé dans la première circonscription, les agents ne sont jamais les mêmes. Il n’existe pas de ‘groupe K’ dans l’organigramme. Nous sommes systématiquement incriminés par Mme Portaliou et par M. Konstantinou. Ils nous ont même traités de meurtriers lors du Conseil municipal la semaine dernière », nous a déclaré Apostolos Kossivas, président de la fédération des agents municipaux. « Je conteste catégoriquement l’existence d’une telle cellule ; il y a 1.000 employés, donc il y a forcément des avis divergents. Quant au syndicat, il fait de telles déclarations car il y aura bientôt des élections au sein de notre fédération ». M. Kossivas souligne qu’il n’a jamais eu vent de l’existence d’un groupe nazi, ni de membres de Chryssi Avgi.

« Je ne peux exclure l’existence éventuelle d’un groupe fasciste, dans la mesure où il y a un parti fasciste au Parlement. Personnellement, je n’ai jamais rien entendu de tel et j’appelle quiconque aurait des informations à ce sujet à nous les remettre aujourd’hui même », a signalé à Efsyn l’adjoint en charge, Giorgos Anagnostopoulos. « Il existe une répartition des devoirs de la Police municipale, et parmi ceux-ci figure la lutte contre le commerce illégal. Elle ne peut interroger ou interpeler des citoyens. Concernant la dénonciation d’intimidations lors de l’assemblée des agents municipaux, il serait inapproprié que l’adjoint au maire se mêle d’affaires internes aux employés. La municipalité est durablement tournée vers la défense des droits de l’homme, et il y a quelques jours, elle a même salué officiellement la manifestation ‘Athènes Ville antiraciste’. Alors je le répète, fournissez-nous des données, vous nous aiderez à juguler ce phénomène. »

La réponse de Kaminis

Nous avons cherché à communiquer directement avec le maire d’Athènes, Giorgos Kaminis. Celui-ci a refusé de faire le moindre commentaire avant la publication de ces dénonciations. Par le biais de son service de presse, il a cependant communiqué « qu’il aspire à la concorde des composantes de l’arc constitutionnel. Les agents municipaux ont suivi des séminaires relatifs à l’immigration, et il a également été demandé à l’adjoint compétent de se montrer strict en matière de déontologie. »

Article paru dans le journal Efimerida ton Syndakton, le 14 février 2013, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Θύλακας της Χρυσής Αυγής στη Δημοτική Αστυνομία, par Dina Daskalopoulou

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17 février 2013 at 21:29

Des néonazis allemands au Parlement grec, par The Press Project

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Des néonazis allemands ont participé le 2 février, à Athènes, au rassemblement organisé par Chryssi Avgi pour commémorer « l’incident d’Imia », une dispute territoriale gréco-turque en Egée.  En marge de ce rassemblement, certains d’entre eux ont également visité le Parlement grec. The Press Project détaille le profil de ces « invités ».

indexL’organisation Freies Netz Süd, dont des cadres ont visité le Parlement grec et s’y sont fait photographier avec des membres de Chryssi Avgi, est qualifiée de « néonazie » par des documents du Ministère de l’Intérieur du Land de Bavière.

Sur les photographie (voir lien vers l’article original), d’après les légendes rédigées par le site de l’organisation susmentionnée, on trouve à gauche Sebastian Schmaus, à droite Matthias Fischer.

Tous deux sont également conseillers municipaux du parti radical d’extrême-droite Bürgerinitiative Ausländerstopp (Initiative citoyenne Stop aux étrangers). Le conseil municipal de Munich a récemment voté en faveur de l’interdiction de ce parti local.

Sebastian Schmaus a été condamné (en février 2009) à six mois de prison avec sursis pour conduite en état d’ivresse alors qu’il collait des affiches pour le par néonazi NPD. En 2010, il a été condamné pour violation des droits d’auteur, alors qu’il avait diffusé sur Internet des photos de manifestants de gauche, les présentant comme des personnes recherchées par la police.

En 2010, il a également été accusé d’avoir violemment agressé un cycliste. Il a été innocenté par manque de preuves, mais a été condamné pour la destruction de l’appareil photo du cycliste.

Matthias Fischer a fait 20 mois de prison après avoir été condamné pour incitation à la haine et a également été condamné pour d’autres délits de nature semblable.

Il est le cofondateur du Fränkischer Aktionsfront, interdit en 2004 pour des raisons similaires. Après sa libération, en 2011, des attaques néonazies ont eu lieu contre les domiciles et les véhicules de membres d’organisations antinazies, d’après une publication du site du journal Die Zeit. Il a quitté le NPD en 2008.

Le NPD est considéré comme un parti « modéré » comparé au FNS (Freies Netz Süd).

Article paru le 8 février 2013  sur le site The Press Project, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Γερμανοί νεοναζί επισκέφθηκαν το ελληνικό Κοινοβούλιο

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16 février 2013 at 19:04

Publié dans Politique, Société

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La loi hors la loi, par Amisnet

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Le 20 décembre 2012, les forces spéciales de la police grecque évacuent la Villa Amalia, un squat historique d’Athènes situé dans le quartier fasciste d’Agios Panteleïmonas. Après l’opération, au cours de laquelle huit personnes sont arrêtées, les forces de police restent stationnées autour du bâtiment. Le 9 janvier, des centaines de personnes réussissent à déjouer la surveillance et à rentrer de nouveau dans la Villa. La police réagit immédiatement et reprend possession du bâtiment, arrêtant 92 personnes. Voilà, brièvement résumés, les faits à l’origine de l’attaque la plus sévère contre les espaces indépendants et autogérés depuis la fin de la dictature.

« Les accusations à l’encontre des personnes arrêtées vont de la fabrication d’engins explosifs à la possession d’armes », explique Ioanna Kurtovik, avocate qui assure la défense des accusés, « mais elles se basent sur les éléments suivants : des bouteilles vides qui restaient du dernier concert, du mazout pour le poêle et des couteaux de cuisine ». L’occupation de la Villa Amalia remonte à plus de 23 ans, et ce n’est pas la première fois qu’elle est attaquée. « Les autres fois, la police avait seulement fait irruption et emporté des personnes », continue Ioanna Kurtovik, « mais celles-ci ont toujours été relaxées et l’existence de cet espace a continué normalement. Cette fois-ci, la police est restée. »

Après celle de la Villa Amalia, la police a opéré deux autres évacuations « lourdes » en ville, et une quarantaine d’occupations risqueraient d’être évacuées dans tout le pays. Parmi celles-ci, la clinique occupée où officie Dimitris : « La criminalisation des squats n’est pas un phénomène nouveau. Depuis septembre, on assiste à une campagne systématique visant à présenter les occupations comme une menace envers la vie civile et la société ». Mais cette campagne diffamatoire produit aussi des effets contradictoires. « Après cette publicité », continue Dimitris, « beaucoup de gens sont venus nous voir, ils veulent connaître et comprendre. Nos assemblées ont doublé de volume. »

Depuis le début de la crise, l’attitude du gouvernement et des forces de police face aux contestataires n’a jamais été tendre. « Les gaz lacrymogènes utilisés en Grèce sont illégaux », souligne Dimitris, « mais la cour a répondu à notre recours en déclarant qu’ils étaient illégaux en situation de guerre, pas en période de paix ». L’attaque portée contre les espaces autogérés est le pendant d’une dispute sur la légalité, précise Ioanna Kurtovik : « Avant le début de la crise, la Grèce avait une législation plutôt tolérante en matière d’expression de la contestation, probablement à cause de la dictature récente. Progressivement, on introduit des mesures que l’on aurait jugées impensables auparavant, comme la possibilité de filmer les manifestations, ou de retenir la circonstance aggravante pour des faits commis le visage masqué lors de rassemblements ».

Les hypothèses portant sur l’intention globale du gouvernement derrière ce durcissement sont diverses. « Beaucoup pensent que le gouvernement veut trouver un dérivatif médiatique pour faire passer plus facilement les dernières mesures adoptées » commente Dimitris, « ou bien qu’il s’agit d’un message adressée à toute la population, pour l’inciter à ne pas se dresser contre les programmes d’austérité ».

Même s’il ne connaît pas une période de forte mobilisation, le pays semble tout sauf pacifié. La grève de huit jours menée par les travailleurs du métro, par exemple, a paralysé Athènes jusqu’à ce que les grévistes soient réquisitionnés. « Les forces spéciales sont entrées dans le métro, le 24 janvier, à 4 heures du matin, avec les mêmes méthodes utilisées pour l’évacuation des squats », explique Dimitris. D’autres catégories de travailleurs des transports se sont mobilisées en signe de solidarité, et d’autres sont en train de s’organiser pour le faire ces prochains jours. »

Dans un pays qui attend encore de se rendre compte des effets du 3e mémorandum – approuvé ces dernières semaines – et des récentes réformes fiscales, l’offensive du gouvernement semble conçue pour créer les conditions permettant de gérer aussi ce passage délicat, en agissant préventivement sur les foyers potentiels de la contestation organisée : mouvements et syndicats. Dans une spirale progressive de radicalisation du bras-de-fer, et en empêchant tout niveau possible de médiation, le gouvernement Samaras joue un jeu dangereux, mais pas différent de celui pratiqué dans d’autres pays par d’autres leaders européens. Comme en Allemagne ou en Italie, l’horizon parlementaire grec évoque la possible agrégation de forces issues de traditions différentes autour de la figure du Premier ministre, dans une grande coalition centriste qui fera passer le pays dans cette nouvelle ère de razzia néolibérale. Ecrasant au passage toute forme de contestation.

Texte-résumé du 9e épisode de l’émission L’Alchimista (Ciro Colonna et Andrea Cocco), réalisée par le portail radio AMISnet (Italie) 

Lien vers le texte original et l’émission L’Alchimista (pour les italophones) :  Grecia, la legge fuori legge

Traduit de l’italien par AR

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1 février 2013 at 15:02

Mourir à Athènes, par Niko Ago

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Après l’assassinat d’un jeune Pakistanais jeudi 17 janvier à Athènes, le chroniqueur Niko Ago évoque l’explosion des violences racistes dans le pays et leur banalisation sociale.

Ecrire après un tel meurtre n’est pas la chose la plus simple du monde. Mais si on ne le fait pas maintenant, alors quand ? « Il nous a coupé la route en vélo, ça nous a énervés et on l’a poignardé dans la poitrine ». C’est ce que l’on apprend des aveux qu’ont fait au juge d’instruction les deux autochtones – comme le veut désormais l’usage pour distinguer « ceux d’ici » des « autres » – qui ont assassiné en pleine rue, à Petralona, Shehzad Luqman, un immigré de 26 ans originaire du Pakistan. Comme s’il s’agissait de quelque chose de tout à fait normal, qui se produit chaque jour ; « si on le fait, pourquoi pas nous ? » Deux « citoyens comme il faut et de bons gars » – l’un était même pompier – qui ont toujours un poignard sur eux, « au cas où », quand ils se promènent à mobylette.

Ce crime avait-il un motif raciste ? Le communiqué de la police ne laisse pas de place au doute. « On a retrouvé à leurs domiciles trois couteaux-papillon, un poignard, une lame noire à poignée spéciale, un pistolet à air comprimé, un poing américain, de nombreux plombs de fusil, deux balles de fusil d’assaut, deux matraques en bois et une fronde, tandis que chez le jeune de 25 ans (l’un des deux agresseurs) on a trouvé 50 tracts électoraux d’un parti politique. Les collègues en charge de ce reportage policier ont précisé qu’il s’agissait de tracts de Chryssi Avgi ; ou peut-être s’agissait-il de tracts antiracistes ? comme l’écrivait fort à propos quelqu’un sur Twitter.

Le nombre de victimes de la violence raciste augmente en Grèce. La rhétorique de la haine est tout simplement acceptée. Dans le même temps, l’Etat, par ses agissements et ses négligences, ne peut freiner cette spirale. Et comme il ne peut l’empêcher, il la précipite, involontairement. Les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme mais cela revient à « prêcher dans le désert ». La réputation du pays à l’étranger ne cesse de se dégrader, la vie des immigrés en Grèce se transforme en véritable enfer. Tant que Chryssi Avgi sera considérée comme un parti et non pour ce qu’elle est réellement, et tant que le gouvernement appâtera les petits bourgeois outrés pour préserver leurs voix, le pays continuera de chuter et les mauvaises nouvelles de ce type, malheureusement, se succéderont.

Article paru le 18 janvier sur le blog de Niko Ago et sur le portail Protagon, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Πεθαίνοντας στην Αθήνα

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22 janvier 2013 at 15:31

Qui était Shehzad Luqman, par Georgia Dama

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Après l’assassinat du jeune Pakistanais Shehzad Luqman, jeudi 17 janvier à Athènes, par deux individus manifestement liés au parti néonazi Chryssi Avgi,  Georgia Dama dresse le portrait de la victime et évoque les réactions dans le quartier de Petralona, où s’est produit le meurtre.

Photo d'identité de Shehzad LuqmanShehzad Luqman est né en 1986. Il vivait en Grèce depuis six ans. Il a été poignardé alors qu’il arrivait sur son lieu de travail – il travaillait sur les marchés. Il partait à 2h30 du matin du quartier de Peristeri, où il résidait, pour arriver une plus tard chez son employeur, à Petralona, pour charger des caisses oranges. 

« Aujourd’hui il n’est pas venu », a signalé son employeur à ses proches, trois Pakistanais avec lesquels il partageait une chambre rue Lachana, à Peristeri. Son colocataire de 25 ans, Omar, indique que Shehzad vivait légalement en Grèce : « Il avait obtenu une carte rose (permis de travail) et un permis de séjour provisoire. Il travaillait sur les marchés depuis le mois dernier. Avant il était gardien de chantier à Aspropirgo [banlieue industrielle d’Athènes]. Le chantier a fermé. »

Il faisait vivre huit frères et sœurs

« Il menait une vie difficile. Il avait huit frères et sœurs. Il gagnait 20 euros par jour et les envoyait au Pakistan pour que ses sœurs puissent se marier. Il disait souvent qu’il n’arriverait jamais lui-même à fonder une famille et à vivre dignement. »

Près de 800 attaques racistes contre des Pakistanais ont été enregistrées ces deux dernières années, déplore Javed Aslam, représentant de la communauté pakistanaise. Il rappelle le dernier incident, survenu dans le quartier de Maroussi il y a deux mois, soulignant que « deux Pakistanais ont été entre la vie et la mort pendant plusieurs jours », et précise que Shehzad est le cinquième Pakistanais assassiné.

Opposition Syriza – ministère de la police

Après la mort du jeune Pakistanais, le Syriza évoque dans un communiqué un assassinat raciste et sauvage, perpétré par des meurtriers d’extrême-droite. « L’éventuelle tentative d’étouffement du caractère de ce crime abominable, avec des arguments préfabriqués destinés à privilégier ‘une altercation’,  ne ferait que charger politiquement mais aussi pénalement ceux qui l’entreprennent ».

Par la suite, le ministère de la Police, par communiqué interposé, a critiqué le Syriza, y voyant une récupération politicienne allant jusqu’à « l’exploitation de la perte d’une vie humaine. Il feint d’ignorer que la police grecque a interpellé les auteurs de ce crime odieux après une forte mobilisation ». Le communiqué précise également que « l’obligation constitutionnelle impose la légalité partout ».

Bouleversés, les habitants d’Ano-Petralona, qui se sont rassemblés hier en fin d’après-midi, ont clairement fait état d’un crime raciste et sauvage, exprimant étonnement et colère : « Le quartier d’Ano Petralona, qui se trouve proche de la colline Filopappou, soutient traditionnellement les partis de gauche.

« Les résidents participent aux mobilisations sociales. Il n’y a pas de cas de violences racistes  dans le quartier », estime Maria Kontoyiorgou, habitante de la 3e circonscription.

Colère à Petralona

Plus de 500 riverains, membres d’organisations antiracistes et politiques, ont participé au rassemblement qui a eu lieu à 18h place Merkouri. « Notre participation au rassemblement est nécessaire car nous ne faisons pas confiance aux autorités », ont-ils souligné. Ils appellent à la condamnation des malfaiteurs « pour que cessent les crimes racistes ».

Dans la manifestation qui a suivi, ils se sont arrêtés à l’endroit du crime et ont distribué aux passants et aux magasins des tracts d’information sur le racisme.

« La manifeste tentative d’étouffement de l’affaire ne réussira pas. Il faut infliger une punition exemplaire aux auteurs de cet horrible crime raciste », déclarent les membres de la section locale du mouvement « Eliminons le racisme ».

Article paru dans le quotidien Eleftheotypia, le 18 janvier 2013, traduit par AR

Lien vers l’article original : Ποιος ήταν ο Σαχτζάτ Λουκμάν

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21 janvier 2013 at 18:37

Mobilisation contre la violence de l’Etat, par Iassonas Panagiotopoulou

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Le squat historique d’Athènes Villa Amalia a été évacué fin décembre 2012 par la police et clos. Après l’interpellation d’une centaine de militants lors de la tentative de réoccupation du squat le 9 janvier, retour sur la grande manifestation du samedi 12 janvier, dans le centre  d’Athènes,  en soutien aux personnes arrêtées.

46086_196461227161763_1196949153_nPlus de 8.000 personnes du milieu anarchiste et libertaire ont manifesté samedi dans le centre d’Athènes, donnant une puissante réplique à la récente vague de répression des squats et des espaces autogérés, ainsi qu’au terrorisme d’Etat, après à l’arrestation de 100 personnes lors des opérations policières contre la tentative de réoccupation de la Villa Amalia et l’évacuation du squat Scaramanga.

Il s’agit numériquement de l’une des plus grandes manifestations anarchistes des annales, animée et riche en slogans, en dépit de la présence étouffante de la police anti-émeute (MAT) sur les flancs du défilé.

« Liberté pour les squats et les militants, détruisons le totalitarisme actuel », indiquait la première banderole en tête de la manifestation, laquelle a commencé en début d’après-midi rue Panepistimiou pour arriver en fin d’après-midi devant les tribunaux de la rue Evelpidon, où les 92 personnes interpellées lors de la réoccupation de la Villa Amalia devaient être présentées au juge d’instruction. Un peu de tension est apparue au début de la rue Patission, lorsque la police anti-émeute a tenté de former un « cordon » sur les côté du cortège, avant d’être repoussée par l’encadrement de la manifestation.

Des dizaines de personnes se sont rassemblées par solidarité jusque tard dans la soirée à l’intérieur des tribunaux, d’où sont finalement ressortis libres les 92 interpellés de la Villa Amalia, avec obligation de se présenter une fois par mois devant la police et interdiction de sortie du territoire. Au même moment, dans une volée de communiqués – du genre de ceux que reprend tels quels le journalisme orienté des journaux dominicaux – le gouvernement ciblait les squats et les espaces autogérés. Ces communiqués marquaient l’adoption totale de la rhétorique gouvernementale de la « tolérance zéro » et des « espaces d’illégalité », présentant en même temps les photos des prochaines évacuations, le squat VOX à Exarcheia en premier plan.

Article paru dans le quotidien Efimerida ton Syndakton, le 14 janvier 2013, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Βίλα στη βία της εξουσίας

Written by AR

18 janvier 2013 at 18:47

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