Courriers d'Athènes

Ce blog présente une sélection d'articles de la presse et de la blogosphère hellénophones traduits en français.

Posts Tagged ‘Dendias

Quelques mots sur Andreas-Dimitris Bourzoukos, par Christos Ioannidis

with one comment

Quatre jeunes âgés de 20 à 24 ans sont arrêtés après le braquage d’une banque à Kozani, vendredi 1er février. Deux d’entre-eux au moins sont suspectés par la police d’être liés l’organisation terroriste « Conspiration des cellules de feu ». Samedi, la police publie des photos retouchées des quatre détenus, visiblement pour masquer les mauvais traitements infligés lors de leur garde à vue. Christos Ioannidis, ancien prof de lycée d’A.D. Bourzoukos, l’un des quatre détenus, dresse le portrait de son élève et d’une Grèce qui aliène ses jeunes.

detenido2Je m’appelle Christos Ioannidis. Je suis professeur dans l’enseignement secondaire depuis 23 ans, responsable du magazine de musique « Schooligans » et du festival lycéen « Schoolwave ». J’ai connu Andreas-Dimitris Bourzokos pendant trois ans (2005-2008). C’était mon élève au lycée musical de Pallini.

Je suis choqué par la nouvelle de son implication dans un vol à main armée. J’ignore ce qui l’a mené jusque-là. Je veux toutefois évoquer les trois années pendant lesquelles je l’ai fréquenté, lorsqu’il était élève mais aussi bénévole pour le magazine.

J’étais heureux d’avoir dans ma classe des jeunes comme Andreas-Dimitris. Il était sensible, intelligent, anxieux. Non, il n’écoutait pas de heavy metal. Il écoutait du rock, Hatzidakis, Mozart. Non, il n’était pas antisocial. Il était même très apprécié par ses camarades.

Bien sûr, il était empli de colère, comme tous les jeunes lucides qui découvrent à l’adolescence la société inhumaine et hypocrite dans laquelle nous vivons. Non, il n’était pas mauvais élève, il était brillant. Il est entré lui aussi à l’université en rédigeant les dissertations formatées que réclame le système. Ses parents étaient deux personnes extrêmement dignes.

Ils venaient régulièrement à l’école s’enquérir de leur fils. A un moment donné, j’ai appris par Andreas-Dimitris que son père avait perdu son emploi. Il me l’a dit avec amertume et colère.

J’ignore combien de sources de colère se sont superposées depuis. Je peux m’imaginer un certain nombre d’entre elles, car je vis moi aussi dans cette Grèce. A partir de là, je ne ressens que honte et regrets. Je regrette pour Andreas-Dimitris, qui croyait – manifestement – à la violence comme réponse à la violence du système.

Mais j’ai honte pour la Grèce, qui conduit des enfants comme Andreas-Dimitris à de telles extrémités. J’ai honte pour les policiers qui l’ont torturé. J’ai honte pour les journalistes, qui l’ont déjà condamné. Et j’ai honte pour tous les citoyens insouciants qui l’affubleront de l’étiquette de « terroriste », et qui glisseront sur son visage déformé par les coups pour passer à l’information suivante.

Cette déformation, c’est aussi la nôtre.

Article paru le 3 février 2013 sur le site de l’hebdomadaire athénien Lifo, traduit du grec par AR.

Lien vers l’article original : Δυο λόγια για τον Αντρέα-Δημήτρη Μπουρζούκο – από έναν καθηγητή

Publicités

Written by AR

4 février 2013 at 16:44

Communiqué de l’Initiative des travailleurs des médias

leave a comment »

Les mass-médias ont été dans leur majorité les piliers idéologiques de la politique des mémorandums. Au moyen de reportages mensongers et intentionnellement effrayants, ils présentent la politique du choc comme voie à sens unique et calomnient tous ceux qui résistent à la barbarie sociale. Ils fonctionnent comme les porte-parole du gouvernement et font des reportages sur la base d’une inspiration officieusement goebbelsienne. Ils forgent des stéréotypes sur les immigrés, les fonctionnaires, les travailleurs, les syndicalistes, les activistes et incitent à l’automatisme social.

Ces derniers jours, nous avons vécu l’apogée du terrorisme médiatique, comparable aux jours sombres du YENED(1). Ils ont rempli nos écrans de bouteilles de bière vides(2) et ont pris pour cibles les espaces autogérés de la vie sociale pour légaliser la stratégie de la tension de Dendias, ils ont masqué les mobiles et la nature du meurtre raciste perpétré contre le Pakistanais de 27 ans à Petralona, ils ont diffusé des montages vidéo pour traîner dans la boue des députés de gauche et des mouvements sociaux opposés à la commercialisation des espaces libres, ils ont calomnié la lutte des travailleurs dans les transports publics et ont  imposé les méthodes répressives de la réquisition forcée du personnel. Et ils continuent… Les employeurs de la presse, après avoir appliqué le mémorandum le plus dur à leurs employés, veulent protéger l’institution de la peur généralisée et de la paupérisation qu’ils ont créée en dressant des murs face à la société.

Assez. Nous, travailleurs de la presse, n’avons rien en commun avec les grands groupes et les grands journalistes amplement rémunérés et instrumentalisés. Nous ne faisons pas partie de leur coterie et de leurs affaires. Nous avons choisi notre camp. Aux côtés des habitants de Chalcidique et contre les orpailleurs, aux côté des immigrés et contre les esclavagistes, contre les clôtures(3), contre les patrons du travail au noir, contre l’Aube dorée, aux côtés des manifestants et contre la répression, aux côtés des travailleurs des transports en commun, et contre la troïka intérieure et extérieure, aux côtés des fonctionnaires et contre la liquidation du patrimoine public. Nous sommes aux côtés de la société et nous luttons, ensemble, contre le mémorandum, le racisme et la censure.

1- L’une des deux chaînes TV d’Etat autorisés pendant la junte

2- Ces bouteilles, trouvées après l’évacuation d’un squat, serviraient selon l’instruction à prouver « la fabrication d’engins explosifs ».

3 – Clôture métallique élevée sur un tronçon de la frontière gréco-turque.

Lien vers le communiqué original, publié le 27 janvier 2013 : Πρωτοβουλία Εργαζομένων στα ΜΜΕ

Texte traduit par AR

%d blogueurs aiment cette page :