Courriers d'Athènes

Ce blog présente une sélection d'articles de la presse et de la blogosphère hellénophones traduits en français.

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Communiqué de l’Initiative des travailleurs des médias

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Les mass-médias ont été dans leur majorité les piliers idéologiques de la politique des mémorandums. Au moyen de reportages mensongers et intentionnellement effrayants, ils présentent la politique du choc comme voie à sens unique et calomnient tous ceux qui résistent à la barbarie sociale. Ils fonctionnent comme les porte-parole du gouvernement et font des reportages sur la base d’une inspiration officieusement goebbelsienne. Ils forgent des stéréotypes sur les immigrés, les fonctionnaires, les travailleurs, les syndicalistes, les activistes et incitent à l’automatisme social.

Ces derniers jours, nous avons vécu l’apogée du terrorisme médiatique, comparable aux jours sombres du YENED(1). Ils ont rempli nos écrans de bouteilles de bière vides(2) et ont pris pour cibles les espaces autogérés de la vie sociale pour légaliser la stratégie de la tension de Dendias, ils ont masqué les mobiles et la nature du meurtre raciste perpétré contre le Pakistanais de 27 ans à Petralona, ils ont diffusé des montages vidéo pour traîner dans la boue des députés de gauche et des mouvements sociaux opposés à la commercialisation des espaces libres, ils ont calomnié la lutte des travailleurs dans les transports publics et ont  imposé les méthodes répressives de la réquisition forcée du personnel. Et ils continuent… Les employeurs de la presse, après avoir appliqué le mémorandum le plus dur à leurs employés, veulent protéger l’institution de la peur généralisée et de la paupérisation qu’ils ont créée en dressant des murs face à la société.

Assez. Nous, travailleurs de la presse, n’avons rien en commun avec les grands groupes et les grands journalistes amplement rémunérés et instrumentalisés. Nous ne faisons pas partie de leur coterie et de leurs affaires. Nous avons choisi notre camp. Aux côtés des habitants de Chalcidique et contre les orpailleurs, aux côté des immigrés et contre les esclavagistes, contre les clôtures(3), contre les patrons du travail au noir, contre l’Aube dorée, aux côtés des manifestants et contre la répression, aux côtés des travailleurs des transports en commun, et contre la troïka intérieure et extérieure, aux côtés des fonctionnaires et contre la liquidation du patrimoine public. Nous sommes aux côtés de la société et nous luttons, ensemble, contre le mémorandum, le racisme et la censure.

1- L’une des deux chaînes TV d’Etat autorisés pendant la junte

2- Ces bouteilles, trouvées après l’évacuation d’un squat, serviraient selon l’instruction à prouver « la fabrication d’engins explosifs ».

3 – Clôture métallique élevée sur un tronçon de la frontière gréco-turque.

Lien vers le communiqué original, publié le 27 janvier 2013 : Πρωτοβουλία Εργαζομένων στα ΜΜΕ

Texte traduit par AR

Un tribunal reconnaît l’horreur des conditions de détention, par Kostis Papaïoannou

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Un détenu dans un centre de détention de l'Evros, à la frontière gréco-turque, en octobre 2011 (Photo C.Wilkens)Une affaire de routine, c’est ce à quoi ressemblait pour le tribunal correctionnel d’Igoumenitsa le cas d’évasion de 17 détenus des geôles de la direction centrale de la police du nome de Thesprotie. Lorsque les gardes étaient entrés dans les cellules pour collecter les déchets des détenus, ceux-ci les avaient repoussés violemment et s’étaient enfuis. Une affaire évidente, donc, avec une condamnation quasi écrite d’avance. Le tribunal cependant, et c’est là que s’insinue la surprise, a fait plus qu’éclaircir la seule tentative d’évasion. Il ne s’est pas limité mécaniquement à l’examen des éléments superficiels de l’incident. Il a porté un regard approfondi sur le lieu d’où les détenus se sont échappés. Ce qui l’a amené à faire une série de simples constatations.

Il a reconnu, premièrement, que les conditions de détention vécues par les accusés étaient lamentables et extrêmement dangereuses, la cellule n’étant jamais lavée, jamais désinfectée, et dépourvue des règles les plus élémentaires d’hygiène et de propreté. Le tribunal a reconnu, deuxièmement, qu’en raison des conditions évoquées, les détenus étaient la proie des poux et des puces, et souffraient de psoriasis, du typhus, de pathologies cutanées et d’autres infections, contagieuses ou non. Il a reconnu également que plus de 30 détenus s’entassaient dans 15 mètres carré, ceux-ci étant donc dans l’impossibilité de s’allonger (par terre, bien entendu, pas question de lits) pour dormir. Il a reconnu, enfin, que les détenus étaient confinés dans leur cellule 24 heures sur 24, sans possibilité de promenade.

Ces éléments établis, le tribunal a fait ce qui s’imposait : il a constaté la violation des dispositions de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), selon lequel « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. »  Et alors ? Tout cela est connu, dira-t-on. Chaque tribunal qui examine des cas semblables, relatifs aux immigrés, le sait. Chaque tribunal sait – ou se doit de savoir – qu’il s’agit d’individus qui n’ont pas été arrêtés pour un délit grave, mais pour être entrés clandestinement dans le pays. Chaque tribunal sait – ou se doit de savoir – que leur détention est provisoire et intervient dans des conditions également contraires à la CEDH. Il sait – ou se doit de savoir – la chaîne de l’absurdité. La différence, c’est que le tribunal en question a entrepris d’intercaler dans cette chaîne un maillon de logique élémentaire. Qu’a-t-il fait ? Sur la base des constats effectués, il a estimé que les détenus s’étaient enfuis pour échapper à un danger sérieux et inévitable par d’autres moyens, qui menaçait leur santé contre leur gré, et plus spécialement pour éviter d’être contaminés par des maladies. Pour cette raison, il les a relaxés.

Il s’agit d’une décision bouleversante par sa simplicité, et particulièrement importante dans sa volonté de restaurer le bon sens. La justice grecque ne peut ignorer éternellement que des centaines de personnes sont détenues dans des lieux qui ne sont pas conçus pour une détention longue. Que ce soit dans les cellules des commissariats de police ou dans les centres de rétention d’immigrés (notamment dans la région de l’Evros), les conditions abominables qui y règnent déshumanisent les détenus. Le tribunal a décidé à juste titre de ne pas fermer les yeux devant cette misère, connue de tous, mais jamais reconnue officiellement. Ce n’est pas non plus une révélation : ceux qui suivent assidument les questions liées à la détention ont à plusieurs reprises vu de leurs yeux tout ce qu’a reconnu le tribunal.

Peut-être que certains exultent de rage devant cette décision. Je les imagine déjà : comment peut-on récompenser les « clandestins », des fugitifs de surcroît, en les innocentant ? Ils peuvent bien sûr critiquer la décision à loisir. Il y a une seule chose qu’ils ne peuvent pas dire : qu’il est préférable de maintenir l’hypocrisie. Qu’il est préférable de sortir de toutes les instances internationales plutôt que de reconnaître la vérité. Et qu’ils ne s’empressent pas de dire que la décision de relaxer les détenus constitue une incitation à la violation de la loi. C’est précisément l’inverse. Cette décision constitue une forte condamnation des conditions de détention. C’est donc une incitation au respect de la loi, et ce à l’adresse de celui qui doit être le premier à le faire : l’Etat, et ses institutions compétentes.

Kostis Papaïoannou est président du Conseil national grec pour les droits de l’homme

Article paru dans le quotidien Ta Nea, le 18 janvier 2013, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Δικαστική ειλικρίνεια

Written by AR

19 janvier 2013 at 20:44

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