Courriers d'Athènes

Ce blog présente une sélection d'articles de la presse et de la blogosphère hellénophones traduits en français.

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Les kalachnikovs et la stratégie de la tension, par Ada Psarra

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Après les tirs à la Kalachnikov contre le siège du parti conservateur Nea Dimokratia à Athènes, lundi matin, et les attaques pendant le week-end contre des locaux de partis et les domiciles de journalistes, la chroniqueuse Ada Psarra se penche sur le retour de la violence politique en Grèce, et explique comment celle-ci est attisée et instrumentalisée par le gouvernement conservateur.

Les kalachnikovs sont rentrés pour de bon dans l’arène politique, et c’est une très mauvaise nouvelle.

Le durcissement accéléré et très dangereux de la confrontation entre le gouvernement, principalement Nea Dimokratia, et l’opposition, rappelle pourtant d’autres époques. Les analogies historiques sont souvent trompeuses, et ce type de référence masque la réalité et probablement l’embarras politique. Mais la mémoire est un instrument vivant, qui contribue certainement à une observation plus objective de l’actualité.

Le titre choisi par le quotidien [conservateur] « Dimokratia », « Les composantes du Syriza et ses bombes artisanales », n’est pas très éloigné de celui d’un article pas si ancien, intitulé « Derrière le ’17 Novembre’, Kostas Laliotis »(1). Lorsque la politique de centre-gauche (à l’époque) et de gauche (aujourd’hui) bénéficie de la plus grande acceptation sociale, l’argumentaire de droite a pour habitude de jouer sur ce modèle dépassé d’incrimination. Il met dans le même sac les réactions aux pratiques extrêmes et répressives et les attaques armées d’organisations qui décident d’agir de cette façon. A l’époque, on accusait d’appartenir au « 17 Novembre » Andreas [Papandreou], le professeur Tsekouras (ami d’Andreas), Periklis Korovésis, Michalis Raptis, Kostas Laliotis etc. (2) ; aujourd’hui, on trouverait derrière les molotovs, les bombes artisanales et même, pour certains, derrière les kalachnikovs, les composantes du Syriza.

Les grands groupes de presse, qui, pour des raisons qui leur sont propres, alimentent ces heurts à l’aide de scénarios policiers et d’informations tirées de différents services, ont toujours joué un rôle certain dans l’amplification de cette dangereuse confrontation politique.

Comme l’a montré l’histoire, les membres du « 17 Novembre » avaient effectivement des origines politiques dans divers points du spectre élargi de la gauche. Mais s’il est absurde d’insister sur l’origine gauchiste des membres de ces organisations, il est encore plus absurde de formuler la conclusion vulgaire que ces organisations sont alimentées, noyautées ou encore couvertes par les partis de gauche, le PASOK, ou les écologistes.

La politique répressive méthodique de ces dernières années, avec l’évocation constante des catastrophes de décembre 2008, qui étaient un soulèvement tout- à fait spécifique de la jeunesse, provoqué par un meurtre de sang-froid, ne convainc plus personne aujourd’hui. Les violents affrontements intervenus à l’époque du Mémorandum et l’incroyable tragédie de la Banque Marfin ne peuvent servir d’alibi aux assauts impromptus et sans motif valable contre les squats et les espaces de réunion, à chaque fois que Zeus illumine le ministre [de l’Intérieur] Dendias. La stratégie de la tension évoquée par le représentant gouvernemental a été choisie par le gouvernement lui-même, partant du principe qu’avec ces combines de communication autour de la loi et de l’ordre, il étouffera les réactions sociales et contentera ses composantes fascisantes. En multipliant arrestations et mauvais traitements, il est certain qu’ils n’insuffleront pas un sentiment de sécurité aux citoyens.

D’un autre côté, la tactique consistant à incriminer l’opposition n’a jamais permis de limiter les réactions extrêmes, et dynamite logiquement le cadre serein auquel aspire tout gouvernement. L’impunité et l’absence de contrôle totales dont bénéficie l’action des gangs nazis, auxquels est réservé un traitement entièrement différent et très prudent, exaspère à juste titre beaucoup de monde. Mais de là à voir une solution dans les bombes artisanales et les kalachnikovs, l’écart est immense. La violence aveugle a toujours été l’arme de l’extrême-droite, et le recours à celle-ci la meilleure façon de céder au piège tendu par le gouvernement.

Article paru dans le quotidien Efimerida ton Syndakton, le 15 janvier 2013, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Η παγίδα της έντασης

1 – Homme politique, membre du Pasok

2 – Politiques et personnalités de gauche

Written by AR

16 janvier 2013 at 17:21

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