Courriers d'Athènes

Ce blog présente une sélection d'articles de la presse et de la blogosphère hellénophones traduits en français.

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Les gouvernements grecs au service des sociétés minières, par Mariniki Alevizopoulou

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La controverse relative aux activités d’orpaillage en Chalcidique, une province du nord de la Grèce dotée d’une beauté naturelle rare, est dominée par le spectre de destructions environnementales vastes et durables. Mais des manœuvres politiques douteuses entre représentants du gouvernement grec et sociétés privées, des accords scandaleux contre les intérêts de l’Etat grec, et une violente répression policière contre les riverains qui protestent contre les mines, pèsent aussi sur cette question profondément disputée. Aujourd’hui, nous apprenons qu’Eldorado Gold, le principal investisseur, à un plan rusé pour consolider son investissement : recourir à l’article 107 de la Constitution grecque sur la protection du capital étranger. Le gouvernement grec, de son côté, est prêt à soutenir l’entreprise. Mais la question reste entière : l’investissement sera-t-il globalement profitable à la Grèce ? Les éléments disponibles suggèrent que non.

Un employé de Hellas Gold sur le site en Chalcidique (photo: Stefania Mizara/UNFOLLOW)

Il y a quelques jours, après une attaque perpétrée par des individus cagoulés sur le site de la mine d’or [de Skouriès] et la destruction de machines et d’équipements, le Premier ministre grec Antonis Samaras déclarait au Wall Street Journal : « Ce type d’actes ne peut être toléré. La Grèce est un pays européen moderne, et nous protégerons à tout prix les investissements étrangers dans le pays. »

Il apparaît donc que la multinationale canadienne Eldorado Gold, l’une des plus grandes entreprises minières de la planète, est en passe de gagner la bataille, ayant trouvé dans le gouvernement grec un allié dévoué. Ce n’est pas vraiment nouveau. Cela fait des décennies que les gouvernements grecs soutiennent les intérêts des sociétés minières. L’entreprise a assuré qu’elle ferait « tout son possible » pour protéger la nature unique de Chalcidique. Dans tous les cas, selon les partisans de l’investissement au sein du gouvernement, au Conseil d’Etat (le tribunal administratif suprême en Grèce), et parmi la plupart des médias grecs, il convient de ne pas faire des questions environnementales un problème trop important : même si l’environnement souffre jusqu’à un certain point, disent-ils, c’est un prix acceptable à payer pour un tel investissement, censé apporter un développement plus que nécessaire à la Grèce minée par la crise.

Mais est-ce le cas ? Les preuves disponibles et l’histoire des mines d’or de Chalcidique convergent pour contredire le point de vue des partisans de l’investissement. Elles tendent plutôt à montrer que l’investissement d’Eldorado Gold ne sera pas du tout bénéfique à la Grèce – du moins dans les conditions que le gouvernement grec semble si enclin à proposer. Il sera certainement profitable à l’entreprise, laquelle est prête à exploiter une réserve estimée à près de 13 milliards d’euros.

PROTESTATIONS, PUBLICITE ET LA ‘DOCTRICE DEKLERIS’

Le combat de la population contre l’orpaillage en Chalcidique dure depuis des années. Les gouvernements grecs, par le passé comme aujourd’hui, ont répondu en recourant à une violence policière accrue. Les grands mouvements de protestation publics ont parfois été émaillés d’actes de sabotage sur les sites d’exploitation minière, actes auxquels les gouvernements ont répondu par la surenchère, multipliant les interventions de la police antiémeutes, recourant aux gaz lacrymogènes, aux balles en caoutchouc, aux arrestations injustifiées, et imposant même des prélèvements ADN aux habitants de la région.

Pendant ce temps, les gouvernements grecs ont continué à accorder des zones d’exploitation de plus en plus vastes. Les célèbres Mines de Cassandre, revendues en 1995 à la multinationale canadienne TVX GOLD, incluent en réalité trois mines : la mine de Madem Lakkos, la mine de Mavres Petres et la mine Olympiada. En 2000, la société a débuté ses activités d’orpaillage sous le village de Stratoniki. Les glissements de terrain devenant quotidiens en raison des détonations, le Conseil d’Etat a décidé de suspendre les activités de l’entreprise en 2002. La société a alors décidé… d’engager une procédure de mise en faillite.

En 2003, au terme d’une procédure tellement scandaleuse qu’elle n’a cessé de gagner en notoriété depuis, les Mines de Cassandre ont été transférées à l’entreprise fraîchement créée, Hellas Gold.

En 2006, Hellas Gold a lancé un plan d’études pour des activités minières à ciel ouvert dans la forêt de Skouriès Megalis Panagias. Le ministère de l’Environnement a donné son accord initial au projet en 2009, mais les habitants de la zone ont construit des barrages et ont empêché les tentatives de forage.

En 2011, le ministre de l’Agriculture Giorgos Papakonstantinou a approuvé l’étude environnementale de l’entreprise, et un an plus tard, le Conseil d’Etat a rejeté la pétition de la population contre cette étude. Il s’est prononcé en faveur de la poursuite de l’exploitation des mines d’or de Chalcidique, arguant que « l’investissement est particulièrement avantageux pour l’économie nationale ».

Que s’est-il passé entre le premier jugement du Conseil d’Etat et le second ? Certaines sources sur place évoquent le changement des responsables, après le départ en retraite de Michalis Dekleris, l’ancien vice-président du Conseil. Ils évoquent la ‘doctrine Dekleris’, qui avait influé sur le jugement de plusieurs de ses collègues. « On ne pouvait pas couper un seul arbre », expliquent-il. Et puis ? Et puis il y a eu la crise, la visite de la troïka au Conseil d’Etat, et son appel au ‘développement’.

Hellas Gold a récemment lancé une grande campagne de publicité dans les médias grecs. Cette vaste offensive de communication, relativement soudaine si l’on rappelle que Hellas Gold n’avait même pas de site Internet depuis sa fondation en 2003 (le site affichait le message ‘en construction’), met l’accent sur l’importance du développement que rapportera l’investissement. L’objectif de la compagnie est double : atténuer les accusations contre l’entreprise quant à l’environnement, et faire le lien entre l’investissement et la crise. C’est-à-dire forger le concept qu’en dépit des possibles inconvénients, les bénéfices pour le développement de la Grèce seront plus importants compte tenu des tourments du pays.

En ce qui concerne l’impact environnemental, la prudence serait plutôt de mise. Les expériences, au niveau international comme en Grèce, contestent ce que prétend l’entreprise. Il suffit de faire un tour sur le site d’exploitation de lignite à ciel ouvert de la Compagnie publique d’électricité (DEI), à Ptolemaida, pour trouver peu convaincantes les déclarations relatives à la régénération des terres et des forêts.

UN TRANSFERT SCANDALEUX, UNE FAILLITE ANNULEE ET LES HOMMES DE BOBOLAS

Qu’en est-il alors des bénéfices pour la Grèce ? L’argument qui a constitué la base de la décision du Conseil d’Etat du 24 juillet 2012, lorsque celui-ci a rejeté la requête des habitants, qui demandaient la suspension des activités minières dans l’attente du jugement final de la Cour suprême, c’est celui de la nécessité du développement en période de crise. Comme le disent les partisans de l’entreprise, pour chaque projet de développement, il faut évaluer non seulement les nuisances potentielles, mais aussi les perspectives de profit. Il faut soupeser coûts et bénéfices. Alors résumons. Qui l’emporte ?

D’une part, les actionnaires. Comme on l’a appris, la valeur des actions de l’entreprise a augmenté de 9,6 pour cent depuis que le ministre de l’Environnement de l’époque, Giorgos Papakonstantinou, a approuvé l’étude environnementale le 26 juillet 2011.

Mais revenons à 2002 pour voir les manœuvres – pour le moins controversées – auxquelles ont recouru les actuels protagonistes de l’histoire pour arriver sur le devant de la scène. A l’époque, la séance plénière du Conseil d’Etat a décidé d’annuler les décisions des ministères compétents (le ministère des Travaux publics, ainsi que les ministères de la Culture, de l’Agriculture, du Développement de l’Economie), lesquels avaient donné le feu vert à la multinationale TVX HELLAS (une filiale de la maison mère et garante financière canadienne TVX GOLD, rachetée par la suite par la Kinross Gold Corporation) pour l’exploitation des Mines de Cassandre. La Cour a justifié sa décision en attirant l’attention sur la violation de la législation relative à la protection de l’environnement, l’étiolement des ressources d’eau, et la nécessité de préserver la santé des résidents des explosions.

Quelques mois plus tard, en mai 2003, TVX HELLAS a engagé une procédure d’insolvabilité, invoquant des dettes de 216,56 millions d’euros vis-à-vis de sa maison mère, de la société sociale, de l’Etat, de ses employés et de ses fournisseurs. Beaucoup ont estimé que la faillite était un moyen certain d’éviter les responsabilités. Les travailleurs impayés se sont barricadés dans les galeries de la mine et certains ont même entamé une grève de la faim, alors que débutaient les discussions relatives à la demande de mise en faillite de la société.

Il est bien connu aujourd’hui que Christos Pachtas a été contraint d’abandonner le cœur de l’arène politique en raison de forêts illégalement répertoriés à Porto Carras, en Chalcidique, en 2004. Cela ne l’a pourtant pas empêché en 2010 d’être élu maire de la ville d’Aristotelis, en Chalcidique, et d’être un fervent supporter de l’orpaillage aujourd’hui.

Mais à l’époque, en 2003, Pachtas était encore secrétaire d’Etat à l’économie nationale au sein du gouvernement de Kostas Simitis. Le tribunal de première instance d’Athènes a accepté la demande de mise en faillite de TVX HELLAS (1286/1203) début novembre 2003. Cependant, les décisions du 12 décembre ont une fois de plus changé la donne :

  • L’Etat a renoncé à ses demandes contre TVX pour le versement de taxes et de contributions sociales d’un montant de 2,2 millions d’euros.
  • TVX GOLD a renoncé à sa demande de versement de 218 millions de dollars, vis-à-vis de TVX HELLAS, pour des prêts impayés.
  • Le tribunal de première instance d’Athènes a annulé la décision de mise en faillite pour TVX HELLAS.
  • Le secrétaire d’Etat à l’Economie nationale, Christos Pachtas, et le secrétaire d’Etat au Développement, Alexandros Kalafatis, en tant que représentants du gouvernement grec, ont signé deux contrats successifs : un règlement judiciaire des demandes de TVX HELLAS au gouvernement grec pour la perte d’investissements et la perte de profits, ainsi qu’un règlement judiciaire de la demande de l’Etat à TVX HELLAS pour la violation des régulations environnementales, ainsi que pour les dommages environnementaux occasionnés. Après l’accord, l’Etat a racheté les Mines de Cassandre à TVX Hellas, qui venait de déclarer la faillite une heure auparavant, pour 11 millions d’euros.
  • Avec le contrat consécutif passé auprès du même notaire, le gouvernement grec a « transféré » à HELLAS GOLD SA la totalité des actifs des Mines de Cassandre « pour 11 millions d’euros, payables directement à TVX HELLAS ».
  • Tout ce qui précède a été ratifié par le Parlement grec avec la loi 3220/2004.

Il est frappant de constater que l’Etat grec a décidé de transférer les mines d’or à une entreprise créée seulement trois jours auparavant, avec un capital social de 60.000 euros. La situation devient peut-être un peu plus claire si l’on précise que l’entreprise a été fondée par Dimitris Koutras, président d’AKTOR et membre du conseil d’administration d’ELLAKTOR, et George Sossidis, membre du conseil d’administration d’ELLAKTOR. AKTOR et ELLAKTOR sont toutes deux des entreprises de construction contrôlées par les magnats du bâtiment et des médias George and Fotis Bobolas. Père et fils, ils contrôlent une grande partie de l’industrie grecque du bâtiment, ainsi que plusieurs journaux et magazines, et détiennent des parts dans l’une des chaînes de télévision les plus influentes du pays.

C’est l’entreprise qui opère une fois de plus en Chalcidique et à laquelle les terres de Skouriès ont été cédées. Mais cela s’est produit après de nombreux changements. Depuis 2003, diverses entreprises ont intégré et quitté Hellas Gold via l’achat d’actions, comme European Goldfields (dont l’actionnaire principal est le magnat du pétrole roumain Frank Timis, que l’on accuse d’être impliqué dans des scandales liés au crime organisé et au trafic de drogues). Mais laissons de côté ces histoires individuelles et concentrons-nous sur ceux qui détiennent les droits d’exploitation de 317.000 hectares de terres dans le nord de la Grèce.

Probablement irrités par le silence des grands médias sur la question, beaucoup parlent des ‘mines Bobolas’ quand ils évoquent les tentatives d’orpaillage en Chalcidique. Le célèbre homme d’affaires, dont les hommes ont acquis les droits d’exploitation des terres en 2003, dispose aujourd’hui de 5 % seulement des actions dans le projet d’investissement qui opérera dans la région. Les 95 % restants appartiennent maintenant au Canadien Eldorado Gold.

0 % DE REDEVANCES, 10 % D’IMPOTS, 10 ANS DE PROTECTION

Après une longue recherche, nous sommes parvenus à trouver un individu disposant d’une très bonne connaissance des négociations, et qui a suivi les accords de près. Après lui avoir promis de protéger son anonymat, et il a commencé à démêler un écheveau politique très intéressant.

« Dans cette situation particulière », déclare-t-il, « le gouvernement a seulement fait office d’intermédiaire entre deux investisseurs privés. Avec deux accords notariés en une journée, il a vendu des mines qu’il n’a jamais vraiment possédées, pour 11 millions d’euros. »

Nous donnant une première idée des bénéfices réels de ce soi-disant ‘développement nécessaire’, il rajoute que « d‘après le code minier, qui est un héritage de la junte militaire, le gouvernement grec ne perçoit pas de redevances sur les exportations minières. En 2011, la Roumanie a doublé sa perception de redevances, la faisant passer de 4 % à 8 %. La Grèce touche 0 %. »

En 2011, la Commission européenne a infligé à la Grèce une amende de 15,34 millions d’euros pour le transfert des Mines de Cassandre à Hellas Gold, reconnaissant que le gouvernement grec avait nui aux intérêts du pays dans cette transaction. Giorgos Papakonstantinou, alors ministre de l’Environnement, a fait appel de la décision.

« Il a été plus que zélé ! », explique notre interlocuteur en riant. « Eldorado Gold n’aurait pas de problème à payer ce montant. Elle a fait un investissement de 400 millions de dollars et les profits escomptés pourraient atteindre 13 milliards d’euros. L’amende de 15 millions d’euros serait une somme ridicule. En général, l’entreprise n’aime pas être impliquée dans de telles affaires. C’est la raison pour laquelle elle s’est au départ dissimulée derrière M. Bobolas. Celui-ci a contribué à faire jouer ses contacts politiques et entreprendra tous les travaux d’infrastructure. Le reste sera géré par Eldorado.»

Comme nous le révèle notre source, le principal problème d’Eldorado est le Syriza, la Coalition de la gauche radicale, le premier parti d’opposition depuis les élections de juin dernier. La menace liée à ce parti est traitée à deux niveaux.

« Premièrement», explique notre source, « Eldorado dispose de bureaux en Grèce depuis cet été. Cela lui permet de contredire l’argument de SYRIZA, à savoir que l’entreprise ne paie pas d’impôts dans le pays et que le public grec ne retira aucun profit des activités d’orpaillage. Jusque-là, pourtant, l’entreprise n’a toujours pas présenté de déclaration fiscale.»

Cependant, avant que les partisans du développement ne commencent à sabrer le champagne et célébrer l’investissement, examinons les conditions de leur imposition.

« La progression de SYRIZA», continue-t-il, « et la possibilité que son affaire puisse être nationalisée, effraient Eldorado. Les dernières élections ont annulé cette possibilité, mais pour préserver son avenir, l’entreprise a l’intention de recourir à l’article 107 de la Constitution grecque, relative à la protection du capital étranger. Cette loi de 1953 – une année charnière pour le développement capitaliste de la Grèce – a été passée dans le but de protéger les entreprises Esso Pappas et PECHINEY. Plus tard, on y a recouru pour le casino Hyatt, Heracles, TVX GOLD, et, plus récemment, Hochtief, avec l’aéroport Eleftherios Venizelos d’Athènes. Les termes de cette loi assurent deux avantages fondamentaux : un taux d’imposition fixe de 10 pour cent, et la garantie que rien ne puisse être changé au statut opérationnel de l’entreprise en Grèce pour les 10 années suivantes. Un décret présidentiel rend alors l’investissement irréductible.»

La Direction du capital étranger est placée sous l’autorité du ministre du Développement Kostis Hatzidakis. Après la décision du ministère – laquelle, d’après notre source, a déjà été tacitement garantie – et la publication du décret présidentiel, le prochain Parlement ne pourra rien changer légalement. Il faudra changer la Constitution.

DES « COMMUNISTES » A LA COUR SUPREME

Serait-il alors possible, demandons-nous, de faire appel de l’accord donné par Giorgos Papakonstantinou, s’il devait par exemple s’avérer que celui-ci est impliqué dans le scandale de la Liste Lagarde ?

« Papakonstantinou est couvert», répond notre source. « Il a vraisemblablement agi avec l’approbation du conseil départemental.»

La députée Syriza Katerina Inglezi nous explique comment la collectivité territoriale a approuvé les activités de Hellenic Gold :

« De quel conseil départemental parlez-vous ? Les conseils départementaux ont été supprimés fin décembre 2010, quand on est passé au système des « périphéries » (régions)1. Le conseil départemental qui a été consulté allait être supprimé quelques jours plus tard. Et il a unanimement voté en faveur du projet. Quand nous avons demandé aux conseillers départementaux comment ils ont pu avoir le temps de lire les 4.000 pages d’études environnementales, ils ont indiqué qu’ils ne les avaient pas lues. Ce qui ne les a pas empêchés, néanmoins, de valider leur légalité.»

Aussi révoltant que tout cela puisse paraître, le superviseur des accords de Hellas Gold s’exprime d’un ton impassible. Il semble parler de décisions déjà prises, dans lesquelles personne ne peut intervenir, comme si l’affaire était déjà close.

« Koutras, qui a été le premier interlocuteur en Chalcidique» dit-il, « ainsi que George Markopoulos, qui est le directeur général de Thrace Gold Mining (où l’on retrouve également l’empreinte d’Eldorado), travaille sur cette question depuis 1994. Depuis presque 20 ans, ils ont tout fait pour faire fonctionner les mines.»

Quid du recours présenté par les habitants de la région devant la Cour suprême ? « D’ici là», répond-il, « l’infrastructure aura été achevée et les activités minières auront commencé. Il y a des précédents légaux à de telles situations. Même si le Conseil d’Etat était entièrement composé de communistes d’ici là, la seule chose qu’ils pourront faire sera de contraindre l’entreprise à planter deux ou trois arbres de plus lors des travaux de réhabilitation.»

Néanmoins, pour ne pas décourager complètement les partisans du développement, signalons que le gouvernement grec pourra au moins gagner un peu d’argent en prélevant des impôts sur les travailleurs.

1 – Réforme Kallikratis de 2010, qui a entériné le redécoupage administratif du territoire grec, avec la disparition des « nomes » (départements) historiques, et la création de grandes entités territoriales, les périphéries (régions). Cette réforme a généré une réduction considérable du nombre de collectivités territoriales et de leurs employés, notamment au niveau local.

Enquête parue sur le blog BORDERLINE REPORTS, le 23 février 2013, traduit du grec par AR

Ce texte est l’adaptation d’une enquête réalisée par Mariniki Alevizopoulou, et publié dans la revue mensuelle UNFOLLOW  (N° 14, février 2013). 

Lien vers article original : GOLD MINING IN CHALKIDIKI – PART 1: GREEK GOVERNMENTS IN THE SERVICE OF MINING COMPANIES

 

Mark Mazower sur la montée des extrêmes en Grèce

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L’historien britannique Mark Mazower, professeur à l’université de Columbia et auteur d’ouvrages de référence sur l’histoire de l’Europe et des Balkans, donnait une conférence à Athènes, lundi 11 février, sur « la montée des extrêmes en Grèce ». Voici la traduction de l’interview qu’il a accordée au journal conservateur Kathimerini, quelques jours avant son intervention.

Le débat sur « la montée des extrêmes » en Grèce porte-t-il sur la montée de l’extrême droite, ou bien de l’extrême droite et de l’extrême gauche en même temps ? Décrire l’extrême gauche comme un « extrémisme » dérangerait beaucoup de Grecs.

La caractéristique nouvelle et fortement troublante de la situation grecque est évidemment la montée de l’extrême droite. Son émergence nous oblige à nous pencher sur le problème de la violence, car la violence est sa carte de visite, son mode opératoire, et a été l’instrument de son avènement – je pense notamment à l’incident intervenu avec Kasiadiaris sur la chaîne Antenna l’année dernière [quand le porte-parole de Chryssi Avgi avait attaqué deux femmes politiques en direct à la télévision]. Le fait qu’une violence aussi manifeste et publique accroisse la popularité d’un mouvement est profondément inquiétant pour tous ceux qui pensaient que les souvenirs combinés de la guerre civile et de la junte militaire avaient mené les Grecs à privilégier la stabilité et la démocratie, et à chérir une certaine forme de civilité dans leur vie publique.

Je ne pense pas que l’émergence de Chryssi Avgi soit liée de quelconque façon à l’extrême gauche. Il faut en chercher les causes ailleurs, notamment dans l’extrême délégitimation de toute la classe politique avec la crise, et le discrédit jeté consécutivement sur les acquis de la période de transition post-dictature. On pourrait longuement disserter pour savoir si cette classe politique aurait pu faire plus, en dépit de la crise, pour restaurer sa réputation auprès de la population : je pense personnellement qu’elle aurait pu faire plus, et qu’elle peut encore faire plus. Mais c’est justement parce que l’on connaît une phase nouvelle et plus violente de la vie publique, que j’estime qu’il est difficile de traiter le lancer de molotovs sur la police, et encore moins les attaques armées contre des domiciles, des bureaux ou des boutiques, avec le même type de tolérance, quasi bénigne, qui était habituelle par le passé. La même chose s’applique à la rhétorique politique. La gauche a quelques sérieuses questions à se poser. Quand on recourt à une rhétorique violente – appelant à renverser l’Etat, à l’insurrection, à cibler les collaborateurs – et tirée d’une autre époque, d’une période de révolutions et de guerres véritables, le désire-t-on vraiment ? Veut-on vraiment la guerre ? Et si oui, êtes vous sûrs de pouvoir l’emporter ? Dans le cas contraire, et voilà le cœur du problème, comment parler et penser de manière plus productive des possibilités d’une transformation réelle et radicale du capitalisme, qu’impose l’actuelle crise des institutions  et des idées ? A mon sens, rêver de jouer un quelconque rôle héroïque dans un nouveau 1917 ou 1944, cette fois victorieux, n’est pas une réponse, et il convient de ranger ces dates dans l’histoire et de cesser de les utiliser comme lignes d’action.

Cette discussion est associée à un débat plus large et international, portant sur la question de savoir si le fascisme et le communisme sont en fait similaires, tels deux pendants d’une même médaille. Beaucoup en Grèce jugent cette idée difficile à accepter. Quelle est votre opinion ?

La théorie du totalitarisme s’est développé en Occident pendant la guerre froide et se basait sur le nazisme et le stalinisme. A mon sens, c’était et c’est une construction idéologique qui masque plus de choses qu’elle n’en révèle. Le IIIe Reich et l’URSS avaient certaines similarités, mais de nombreuses différences, plus profondes à mon avis que les similitudes. Pour en venir à la situation actuelle en Grèce, on ne peut aborder cette question particulière sans être conscient que l’accent récemment placé par le gouvernement sur l’ordre et la loi cherche de manière emphatique à souligner ce type de point commun. Il s’agit bien sûr ici d’une stratégie électorale : Nea Demokratia a manifestement besoin d’affermir son image à l’heure où elle applique l’austérité, et elle a besoin de quelque chose de spécifique qui lui permette de gagner du terrain aux dépens des autres partis de droite, et de défavoriser l’opposition de gauche. On néglige deux choses en recourant à une telle stratégie : le problème réelle de la violence policière, notamment dans les grands centres urbains, et le fait que beaucoup dans la gauche dite « anarchiste » ne font qu’occuper des bâtiments vacants – ce qui est peut-être un crime contre la propriété mais pas, selon moi, un acte de violence – ou s’engagent dans des mouvements de protestation légitimes. Je dis tout cela en insistant parallèlement sur la propre responsabilité de la gauche, qui a toléré un certain discours qui légitime l’illégalité.

Les extrêmes sont étroitement associés à l’usage de la violence. En Grèce, il y a eu un vif débat sur la question : d’un côté ceux qui prétendent que la violence est le même mal, quelque soit son origine, droite ou gauche, et, de l’autre, ceux qui pensent qu’il y a dans certains cas des formes de violence « justifiées », par exemple les meurtres de l’organisation terroriste 17 Novembre, qui seraient différentes du meurtre d’immigrés par les néonazis. Dans quelle mesure est-ce valable?

Ma réponse est double. Premièrement, un meurtre reste un meurtre. Deuxièmement, j’estime le combat pour la justice social, et je juge le racisme déplorable, sous toutes ses formes. Aujourd’hui, le défi est de lutter pour la justice social et contre le racisme.

Article paru le 8 février sur le site ekathimerini, traduit de l’anglais par AR

Lien vers l’article original : Mazower on the rise of Greece’s political extremes, par Elias Maglinis

Written by AR

16 février 2013 at 20:59

La loi hors la loi, par Amisnet

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Le 20 décembre 2012, les forces spéciales de la police grecque évacuent la Villa Amalia, un squat historique d’Athènes situé dans le quartier fasciste d’Agios Panteleïmonas. Après l’opération, au cours de laquelle huit personnes sont arrêtées, les forces de police restent stationnées autour du bâtiment. Le 9 janvier, des centaines de personnes réussissent à déjouer la surveillance et à rentrer de nouveau dans la Villa. La police réagit immédiatement et reprend possession du bâtiment, arrêtant 92 personnes. Voilà, brièvement résumés, les faits à l’origine de l’attaque la plus sévère contre les espaces indépendants et autogérés depuis la fin de la dictature.

« Les accusations à l’encontre des personnes arrêtées vont de la fabrication d’engins explosifs à la possession d’armes », explique Ioanna Kurtovik, avocate qui assure la défense des accusés, « mais elles se basent sur les éléments suivants : des bouteilles vides qui restaient du dernier concert, du mazout pour le poêle et des couteaux de cuisine ». L’occupation de la Villa Amalia remonte à plus de 23 ans, et ce n’est pas la première fois qu’elle est attaquée. « Les autres fois, la police avait seulement fait irruption et emporté des personnes », continue Ioanna Kurtovik, « mais celles-ci ont toujours été relaxées et l’existence de cet espace a continué normalement. Cette fois-ci, la police est restée. »

Après celle de la Villa Amalia, la police a opéré deux autres évacuations « lourdes » en ville, et une quarantaine d’occupations risqueraient d’être évacuées dans tout le pays. Parmi celles-ci, la clinique occupée où officie Dimitris : « La criminalisation des squats n’est pas un phénomène nouveau. Depuis septembre, on assiste à une campagne systématique visant à présenter les occupations comme une menace envers la vie civile et la société ». Mais cette campagne diffamatoire produit aussi des effets contradictoires. « Après cette publicité », continue Dimitris, « beaucoup de gens sont venus nous voir, ils veulent connaître et comprendre. Nos assemblées ont doublé de volume. »

Depuis le début de la crise, l’attitude du gouvernement et des forces de police face aux contestataires n’a jamais été tendre. « Les gaz lacrymogènes utilisés en Grèce sont illégaux », souligne Dimitris, « mais la cour a répondu à notre recours en déclarant qu’ils étaient illégaux en situation de guerre, pas en période de paix ». L’attaque portée contre les espaces autogérés est le pendant d’une dispute sur la légalité, précise Ioanna Kurtovik : « Avant le début de la crise, la Grèce avait une législation plutôt tolérante en matière d’expression de la contestation, probablement à cause de la dictature récente. Progressivement, on introduit des mesures que l’on aurait jugées impensables auparavant, comme la possibilité de filmer les manifestations, ou de retenir la circonstance aggravante pour des faits commis le visage masqué lors de rassemblements ».

Les hypothèses portant sur l’intention globale du gouvernement derrière ce durcissement sont diverses. « Beaucoup pensent que le gouvernement veut trouver un dérivatif médiatique pour faire passer plus facilement les dernières mesures adoptées » commente Dimitris, « ou bien qu’il s’agit d’un message adressée à toute la population, pour l’inciter à ne pas se dresser contre les programmes d’austérité ».

Même s’il ne connaît pas une période de forte mobilisation, le pays semble tout sauf pacifié. La grève de huit jours menée par les travailleurs du métro, par exemple, a paralysé Athènes jusqu’à ce que les grévistes soient réquisitionnés. « Les forces spéciales sont entrées dans le métro, le 24 janvier, à 4 heures du matin, avec les mêmes méthodes utilisées pour l’évacuation des squats », explique Dimitris. D’autres catégories de travailleurs des transports se sont mobilisées en signe de solidarité, et d’autres sont en train de s’organiser pour le faire ces prochains jours. »

Dans un pays qui attend encore de se rendre compte des effets du 3e mémorandum – approuvé ces dernières semaines – et des récentes réformes fiscales, l’offensive du gouvernement semble conçue pour créer les conditions permettant de gérer aussi ce passage délicat, en agissant préventivement sur les foyers potentiels de la contestation organisée : mouvements et syndicats. Dans une spirale progressive de radicalisation du bras-de-fer, et en empêchant tout niveau possible de médiation, le gouvernement Samaras joue un jeu dangereux, mais pas différent de celui pratiqué dans d’autres pays par d’autres leaders européens. Comme en Allemagne ou en Italie, l’horizon parlementaire grec évoque la possible agrégation de forces issues de traditions différentes autour de la figure du Premier ministre, dans une grande coalition centriste qui fera passer le pays dans cette nouvelle ère de razzia néolibérale. Ecrasant au passage toute forme de contestation.

Texte-résumé du 9e épisode de l’émission L’Alchimista (Ciro Colonna et Andrea Cocco), réalisée par le portail radio AMISnet (Italie) 

Lien vers le texte original et l’émission L’Alchimista (pour les italophones) :  Grecia, la legge fuori legge

Traduit de l’italien par AR

Written by AR

1 février 2013 at 15:02

Communiqué de l’Initiative des travailleurs des médias

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Les mass-médias ont été dans leur majorité les piliers idéologiques de la politique des mémorandums. Au moyen de reportages mensongers et intentionnellement effrayants, ils présentent la politique du choc comme voie à sens unique et calomnient tous ceux qui résistent à la barbarie sociale. Ils fonctionnent comme les porte-parole du gouvernement et font des reportages sur la base d’une inspiration officieusement goebbelsienne. Ils forgent des stéréotypes sur les immigrés, les fonctionnaires, les travailleurs, les syndicalistes, les activistes et incitent à l’automatisme social.

Ces derniers jours, nous avons vécu l’apogée du terrorisme médiatique, comparable aux jours sombres du YENED(1). Ils ont rempli nos écrans de bouteilles de bière vides(2) et ont pris pour cibles les espaces autogérés de la vie sociale pour légaliser la stratégie de la tension de Dendias, ils ont masqué les mobiles et la nature du meurtre raciste perpétré contre le Pakistanais de 27 ans à Petralona, ils ont diffusé des montages vidéo pour traîner dans la boue des députés de gauche et des mouvements sociaux opposés à la commercialisation des espaces libres, ils ont calomnié la lutte des travailleurs dans les transports publics et ont  imposé les méthodes répressives de la réquisition forcée du personnel. Et ils continuent… Les employeurs de la presse, après avoir appliqué le mémorandum le plus dur à leurs employés, veulent protéger l’institution de la peur généralisée et de la paupérisation qu’ils ont créée en dressant des murs face à la société.

Assez. Nous, travailleurs de la presse, n’avons rien en commun avec les grands groupes et les grands journalistes amplement rémunérés et instrumentalisés. Nous ne faisons pas partie de leur coterie et de leurs affaires. Nous avons choisi notre camp. Aux côtés des habitants de Chalcidique et contre les orpailleurs, aux côté des immigrés et contre les esclavagistes, contre les clôtures(3), contre les patrons du travail au noir, contre l’Aube dorée, aux côtés des manifestants et contre la répression, aux côtés des travailleurs des transports en commun, et contre la troïka intérieure et extérieure, aux côtés des fonctionnaires et contre la liquidation du patrimoine public. Nous sommes aux côtés de la société et nous luttons, ensemble, contre le mémorandum, le racisme et la censure.

1- L’une des deux chaînes TV d’Etat autorisés pendant la junte

2- Ces bouteilles, trouvées après l’évacuation d’un squat, serviraient selon l’instruction à prouver « la fabrication d’engins explosifs ».

3 – Clôture métallique élevée sur un tronçon de la frontière gréco-turque.

Lien vers le communiqué original, publié le 27 janvier 2013 : Πρωτοβουλία Εργαζομένων στα ΜΜΕ

Texte traduit par AR

Le FMI promet un sombre avenir aux Grecs, par Giorgos Delastik

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Si le rapport du FMI sur la Grèce publié vendredi 18 janvier prend acte des ravages de l’austérité sur la population et l’économie du pays, il appelle pourtant à poursuivre coûte que coûte le programme de coupes sociales et de privatisations, analyse Giorgos Delastik.

Sur le plan économique, les gouvernements Papadreou, Papadimou et Samaras ont taillé en pièces les travailleurs et les retraités, et ont « désossé » avec une sauvagerie fiscale inédite le peuple grec. C’est ce que reconnaît le FMI lui-même (!) dans son rapport sur l’économie grecque qui a été rendu public.

La comparaison effectuée par le FMI avec les autres pays de la zone euro sous tutelle de la Troïka est extrêmement révélatrice. Sur le programme global de coupes en Grèce, 80 pour cent proviennent des réductions faites dans les salaires et dans les retraites, et de la restriction ou de la suppression des dépenses sociales.  Dans les autres pays « troïkanisés », en revanche, le montant correspondant représente 60 pour cent de l’ensemble des coupes. En dépouillant les Grecs ces dernières années sur le plan fiscal, les impôts directs et les « rançonnements » successifs en sont venus à représenter 54 pour cent des recettes de l’Etat, tandis qu’ils constituent 46 pour cent chez les pays européens touchés par les mêmes maux.

Le tragicomique dans tout cela, c’est qu’une fois ces remarques formulées de façon critique, le FMI propose ensuite que la même politique soit poursuivie et que ces « rançonnements d’urgence » soient établis durablement, comme la mal nommée « contribution de solidarité », qui devait théoriquement cesser d’être perçue à partir de 2015, les taxes immobilières, etc. Cela ne suffit pas au FMI, il réclame également 25.000 « licenciements ciblés » dans la fonction publique rien que pour 2013. Désavouant indirectement le gouvernement, qui avait affirmé qu’il n’y aurait pas de coupes dans les salaires, les retraites et les allocations, le FMI demande que de nouvelles mesures soient définies pour engranger des recettes supplémentaires de quatre milliards d’euros pour la période 2015-2016.

Le FMI estime que notre pays ne liquide pas le patrimoine public aux rythmes souhaités et imposés par les créanciers étrangers. Ainsi, si le rythme des privatisations est toujours jugé insatisfaisant d’ici le mois de juin, il souligne la nécessité de limoger et d’éloigner les Grecs de la direction de l’organisme en charge de la vente des biens publics (TAIPED), et de les remplacer par des « experts étrangers » ! C’est-à-dire que des étrangers assument la responsabilité de vendre directement à d’autres étrangers des milliers de biens immobiliers appartenant à l’Etat grec ! De toute urgence ! Si l’UE et le FMI se montrent inflexibles sur la question des coupes dans les salaires et les retraites de millions de Grecs, ils se montrent en revanche étonnamment passifs devant les pertes de recettes liées soit aux fraudeurs fiscaux, soit aux privatisations. Au départ, ils disaient que la Grèce percevrait 50 milliards des privatisations jusqu’en 2015. Une estimation revue par la suite à 45 milliards, et ce jusqu’en 2020 plutôt que 2015. Aujourd’hui, le FMI estime que ce montant devrait chuter à  23,5 milliards, soit la moitié de l’objectif corrigé jusqu’en 2016.

Dans le même temps, l’objectif de recouvrement de 3,2 milliards d’euros en 2012 a totalement échoué – 100 millions seulement ont été perçus (trois pour cent de l’objectif !), comme le relève le rapport de la commission établie par le Parlement allemand, d’après le journal Westdeutsche Allgemeine Zeitung (WAZ) ». Dans tout ce capharnaüm, un formidable pillage du patrimoine public grec doit avoir lieu. Et cela, le FMI et l’UE le réclament et le promeuvent ardemment, ils n’essayent pas de l’éviter. Au contraire, leur mission, c’est que la Grèce ne se voit pas dotée d’un gouvernement anti-troïka. « Les élections ont généré un séisme politique, avec l’arrivée en deuxième position du parti de la gauche radicale, après une campagne électorale fortement opposée aux politiques du programme (de la troïka). Des partis extrémistes sont également devenus populaires.

C’est toutefois un gouvernement pro-mémorandum qui a été élu » relève le FMI dans son rapport. Loin d’être rassuré il prévient que « les sondages montrent un soutien accru au Syriza et aux autres partis anti-mémorandum. En plus d’engendrer des retards, cela provoquerait une crise politique, qui engendrerait une faillite et/ou la sortie du pays de l’euro. » Le FMI tente donc de présenter favorablement la coalition Samaras-Venizélos-Kouvélis, en jugeant qu’un gouvernement dominé par le Syriza reviendrait en gros à une sortie de la Grèce de la zone euro, avec le postulat d’une faillite du pays. Les nouvelles coupes dans les salaires et dans les retraites, par contre, ne semblent pas le déranger.

Article paru le 21 janvier dans le quotidien To Ethnos, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Μαύρο το μέλλον των Ελλήνων προβλέπει το ΔΝΤ

Written by AR

24 janvier 2013 at 18:33

Les kalachnikovs et la stratégie de la tension, par Ada Psarra

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Après les tirs à la Kalachnikov contre le siège du parti conservateur Nea Dimokratia à Athènes, lundi matin, et les attaques pendant le week-end contre des locaux de partis et les domiciles de journalistes, la chroniqueuse Ada Psarra se penche sur le retour de la violence politique en Grèce, et explique comment celle-ci est attisée et instrumentalisée par le gouvernement conservateur.

Les kalachnikovs sont rentrés pour de bon dans l’arène politique, et c’est une très mauvaise nouvelle.

Le durcissement accéléré et très dangereux de la confrontation entre le gouvernement, principalement Nea Dimokratia, et l’opposition, rappelle pourtant d’autres époques. Les analogies historiques sont souvent trompeuses, et ce type de référence masque la réalité et probablement l’embarras politique. Mais la mémoire est un instrument vivant, qui contribue certainement à une observation plus objective de l’actualité.

Le titre choisi par le quotidien [conservateur] « Dimokratia », « Les composantes du Syriza et ses bombes artisanales », n’est pas très éloigné de celui d’un article pas si ancien, intitulé « Derrière le ’17 Novembre’, Kostas Laliotis »(1). Lorsque la politique de centre-gauche (à l’époque) et de gauche (aujourd’hui) bénéficie de la plus grande acceptation sociale, l’argumentaire de droite a pour habitude de jouer sur ce modèle dépassé d’incrimination. Il met dans le même sac les réactions aux pratiques extrêmes et répressives et les attaques armées d’organisations qui décident d’agir de cette façon. A l’époque, on accusait d’appartenir au « 17 Novembre » Andreas [Papandreou], le professeur Tsekouras (ami d’Andreas), Periklis Korovésis, Michalis Raptis, Kostas Laliotis etc. (2) ; aujourd’hui, on trouverait derrière les molotovs, les bombes artisanales et même, pour certains, derrière les kalachnikovs, les composantes du Syriza.

Les grands groupes de presse, qui, pour des raisons qui leur sont propres, alimentent ces heurts à l’aide de scénarios policiers et d’informations tirées de différents services, ont toujours joué un rôle certain dans l’amplification de cette dangereuse confrontation politique.

Comme l’a montré l’histoire, les membres du « 17 Novembre » avaient effectivement des origines politiques dans divers points du spectre élargi de la gauche. Mais s’il est absurde d’insister sur l’origine gauchiste des membres de ces organisations, il est encore plus absurde de formuler la conclusion vulgaire que ces organisations sont alimentées, noyautées ou encore couvertes par les partis de gauche, le PASOK, ou les écologistes.

La politique répressive méthodique de ces dernières années, avec l’évocation constante des catastrophes de décembre 2008, qui étaient un soulèvement tout- à fait spécifique de la jeunesse, provoqué par un meurtre de sang-froid, ne convainc plus personne aujourd’hui. Les violents affrontements intervenus à l’époque du Mémorandum et l’incroyable tragédie de la Banque Marfin ne peuvent servir d’alibi aux assauts impromptus et sans motif valable contre les squats et les espaces de réunion, à chaque fois que Zeus illumine le ministre [de l’Intérieur] Dendias. La stratégie de la tension évoquée par le représentant gouvernemental a été choisie par le gouvernement lui-même, partant du principe qu’avec ces combines de communication autour de la loi et de l’ordre, il étouffera les réactions sociales et contentera ses composantes fascisantes. En multipliant arrestations et mauvais traitements, il est certain qu’ils n’insuffleront pas un sentiment de sécurité aux citoyens.

D’un autre côté, la tactique consistant à incriminer l’opposition n’a jamais permis de limiter les réactions extrêmes, et dynamite logiquement le cadre serein auquel aspire tout gouvernement. L’impunité et l’absence de contrôle totales dont bénéficie l’action des gangs nazis, auxquels est réservé un traitement entièrement différent et très prudent, exaspère à juste titre beaucoup de monde. Mais de là à voir une solution dans les bombes artisanales et les kalachnikovs, l’écart est immense. La violence aveugle a toujours été l’arme de l’extrême-droite, et le recours à celle-ci la meilleure façon de céder au piège tendu par le gouvernement.

Article paru dans le quotidien Efimerida ton Syndakton, le 15 janvier 2013, traduit du grec par AR

Lien vers l’article original : Η παγίδα της έντασης

1 – Homme politique, membre du Pasok

2 – Politiques et personnalités de gauche

Written by AR

16 janvier 2013 at 17:21

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